| Résumé de l'épisode précédent : La rumeur de la mort de Jacques Meunier a couru jusqu’à Tadoussac. Le Chat surprend une nouvelle conversation de Duval et de ses complices. Il apprend que ceux-ci ont projeté d’assassiner M. de Champlain dès qu’ils seront arrivés à Québec. Le Chat va vite voir la Fée et Fleur de Lune pour les mettre au courant. Il culpabilise d’avoir caché ses doutes et surtout de ne pas avoir voulu imaginer que ce soit possible. La Fée explique alors qu’elle a perdu certains de ses pouvoirs. C’est à cette condition que le Conseil Supérieur des fées l’a autorisée à poursuivre sa mission. Il ne lui reste plus qu’une solution, se rendre à Québec pour attendre Champlain. Elle n’a pas le droit d’expliquer à Fleur de Lune et au Chat ce qu’elle compte faire pour empêcher l’assassinat. Comme prévu la Fée disparaît pour voler au secours de M. de Champlain. Elle a laissé des consignes à Fleur de Lune et au Chat. Si elle n’est pas rentrée dans deux jours, ils devront tenter l’impossible à leur tour pour empêcher Duval et sa bande de commettre leur forfait. Ils auront même le droit de se servir du miroir magique.
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C’était le 3 juillet 1608, M. de Champlain venait d’arriver à la pointe de Québec. Fleur de Lune avait oublié que ce jour-là, dans sa vraie vie en 2008, c’était le jour du 400e anniversaire de la Fondation de Québec. On allait faire la fête pendant des jours et des jours. Elle n’eut même pas une pensée pour son monde d’avant. Comme si elle avait soudain tout oublié. Une seule chose comptait : sauver M. de Champlain et prier pour que sa marraine la Fée de Lune remplisse sa mission et revienne saine et sauve. La petite fille d’avant, la Fleur de Lune de Stoneham était si loin… - D’après toi c’est quoi une extrême urgence ? demanda Fleur de Lune. Le Chat réfléchit longuement puis lança : - Une urgence c’est quand c’est urgent et une extrême urgence c’est quand c’est vraiment très urgent. - Gros malin, dit la fillette, merci pour le conseil. - Je voulais juste dire que pour le moment ce n’est pas urgent. Notre amie la Fée, vient juste de partir précisa le Chat qui tentait de cacher un mauvais pressentiment. Fleur de Lune annonça donc à Jean que sa marraine était malade. Elle était désolée de devoir lui mentir une nouvelle fois. La voyant inquiète il proposa à « sa petite sœur » d’aller faire un tour dans Tadoussac et Fleur de Lune trouva que c’était une très bonne idée. Le Chat ravi d’avoir une raison d’être à nouveau invisible leur emboîta le pas. Ils n’étaient pas plutôt au bout du quai qu’ils rencontrèrent Marie la couturière. Fleur de Lune la remercia encore pour les jolis vêtements qu’elle leur avait cousus. Elle commençait à peine le récit de leur périple sur le Saguenay, quand elle crut apercevoir Maikan le sorcier. Au même instant il disparut, mais Marie, qui semblait aussi l’avoir vu devint très pâle et bredouilla : - Je vous prie de m’excuser, mais je suis très pressée. Si je ne vous revois pas avant votre départ pour la nouvelle Abitation veuillez transmettre mon meilleur souvenir à votre marraine. J’espère qu’elle va bien… Ces dernières paroles raisonnèrent sinistrement comme si elles avaient été, elles aussi un mauvais présage. La jeune femme s’éloigna très rapidement. - On dirait qu’elle a le diable à ses trousses pensa le Chat qui avait également entraperçu Maikan. Une fois remontés sur le bateau et après avoir laissé Jean à ses occupations, Fleur de Lune et le Chat se précipitèrent dans les quartiers du capitaine, le cœur battant. Hélas la cabine était vide, et toujours aucun signe de la Fée. Le Chat fit tout son possible pour rassurer la fillette lui expliquant qu’une affaire aussi noire ne pouvait se régler en un jour. Mais pourquoi la Fée n’était-elle pas rentrée cette nuit pour leur donner des nouvelles, comme elle l’avait prévu. Il lui aurait suffit d’une seconde avec sa baguette magique ! Pourvu qu’il ne lui soit rien arrivé. C’est alors que le Chat aperçut la baguette tombée sur le sol. Il ne fit, bien entendu, pas part de ses inquiétudes à son amie Fleur de Lune et encore moins de sa découverte. Il serait bien temps d’en parler. La baguette avait dû tomber sans que la Fée s’en aperçoive. Il ne voulut pas inquiéter encore plus la fillette et trouva même les mots nécessaires pour la rassurer un peu. Le soir, le cuistot qui aimait beaucoup la Fée, prépara un repas spécialement pour la « malade ». Craignant qu’on ne les vît le jeter à l’eau, Fleur de lune et le Chat durent se le partager. Ce dernier en eut une sorte d’indigestion, car il avait déjà eu droit à une énorme collation à la cuisine. Nos deux amis passèrent une très mauvaise nuit, pas seulement parce qu’ils avaient mangé deux fois !... Fleur de Lune fit d’horribles cauchemars. Le Chat entre deux nausées en fit de plus horribles encore. Si les rêves sont des présages pour les autochtones, les siens étaient incontestablement de très mauvais augure. Il fut presque content de se réveiller, mais constata avec angoisse que la Fée n’était toujours pas revenue. Devraient-ils bientôt avoir recours au miroir magique ?
Fleur de Lune et le Chat errèrent toute la journée dans l’attente du retour de la Fée. Le Chat en avait perdu l’appétit ce qui inquiéta son ami le jeune cuistot. Quant à Fleur de Lune elle cachait mal son angoisse et sa tristesse. Jean qui la connaissait bien pensa qu’elle se faisait du souci pour sa marraine. Il chercha tous les moyens pour la distraire. Il lui montra même les plans de la nouvelle Abitation, ce qui en temps ordinaire l’aurait rendue folle de joie. Malgré tous ses efforts elle n’arriva pas à s’y intéresser vraiment. Jean désolé en conclut qu’elle s’inquiétait sans doute aussi au sujet de M. Hébertet, son père.
La nuit passa sans que la Fée ait donné signe de vie. Nos deux amis ne savaient plus quelle attitude prendre. Jean proposa de faire venir un chirurgien ou un chaman. Fleur de Lune lui répondit qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter car sa marraine avait dans sa trousse de secours tout ce qu’il fallait pour se soigner. La journée sembla interminable à nos deux amis hélas quand à la nuit tombante, la Fée n’était toujours pas revenue. Fleur de Lune et le Chat pour ne pas éveiller les soupçons allèrent dîner avec Jean. Mais ils refusèrent le repas proposé par le cuisinier pour la chère « malade ». Ils prétendirent que Mme de Mallor s’était mise à la diète pour guérir plus vite et qu’un bouillon suffirait ! Une fois rentrée dans la cabine, Fleur de Lune dit au Chat : - Nous n’avons plus le choix. Je vais utiliser le miroir magique. - Elle t’a expliqué comment on s’en sert ? - Non, mais elle ne nous l’a sûrement pas laissé uniquement pour décorer la chambre, répondit Fleur de Lune sur le ton d’un chef de guerre réunissant son armée. Je vais penser très fort à elle. - Je suis sincèrement plein d’admiration, dit le Chat. - Tu pourras l’être si ça marche, répondit Fleur de Lune avec un petit rire. Elle avait un trac terrible, et ses mains tremblèrent quand elle prit le miroir dans la malle de la Fée. Elle le posa devant elle et pensa très fort à sa marraine, si fort qu’elle eut l’impression de l’entendre lui dire : - Vas-y ma Chérie, parle-lui, il te reconnaîtra, j’en suis sûre. Alors elle se mit à parler au miroir. Elle lui dit qu’elle était très inquiète pour la Fée de Lune et qu’elle aimerait avoir de ses nouvelles. Hélas le miroir ne s’ouvrit pas. Soudain découragée, elle était prête à renoncer mais alors que deviendrait M. de Champlain ? Au moment même où cette pensée lui traversa l’esprit le miroir s’anima. Fleur de Lune découvrit un paysage qui lui rappelait un peu Québec. Un Québec où la ville aurait disparu, et où il n’y aurait, au loin que quelques villages indiens. Fleur de Lune et le Chat eurent à l’instant l’impression d’être passés de l’autre côté du miroir. C’était un peu comme au cinéma. Dans un bois, des hommes abattaient des noyers. D’autres sciaient les troncs pour en faire des poutres et des planches. D’autres un peu plus loin commençaient à creuser des caves et des fossés. Tous s’affairaient à la construction du magasin. Le bâtiment montait à une allure incroyable car M. de Champlain savait motiver ses troupes et ne craignait pas de mettre la main à la pâte. Il fallait de toute urgence que les vivres et les produits de première nécessité soient à l’abri. Mais dès que le capitaine eut quitté un moment le chantier, Duval en profita pour réunir ses quatre compagnons. A part Antoine Natel, il les avait tous judicieusement choisis. C’étaient des hommes sans foi ni loi, capables de tuer pour un peu d’or. Il avait su les appâter avec de belles promesses. Depuis leur arrivée à Québec ils avaient pour mission, de d’entraîner le plus d’émigrants dans leur complot. Les quatre lascars avaient donc colporté, à qui voulait l’entendre, que les Basques et les Hollandais étaient prêts à donner des montagnes d’or pour posséder le lieu de la nouvelle Abitation. Ils avaient grâce à ces fausses promesses rallié à leur cause la majorité de leurs camarades jusqu’au laquais de M. de Champlain. C’était d’autant plus facile que les hommes en qui ce dernier pouvait avoir confiance devaient rester dans les barques nuit et jour. Ils avaient pour mission de garder tout ce qui serait bientôt entreposé dans le magasin en construction. - Il nous faut agir dans les jours qui viennent avant que de nouveaux bateaux arrivent de Tadoussac, disait Duval. - Mais comment allons-nous nous y prendre, demanda Natel ? - C’est tout simple, répondit Duval. Il y a deux possibilités : la première serait de désarmer le capitaine et de l’étouffer. La seconde est de donner l’alarme une nuit et, au moment où Champlain sortira, tirer sur lui comme sur un éventuel attaquant, sans le rater bien sûr. Duval partit alors d’un grand rire diabolique qui fit frémir Fleur de Lune et le Chat face au miroir magique. Les conspirateurs eurent ensuite une longue discussion et la seconde solution fut adoptée, sur la recommandation de Duval : - Mais on va nous accuser de meurtre, rétorqua Natel ! - Nous dirons que dans l’obscurité nous avons pris Champlain pour un rôdeur, répondit Duval! Puis s’adressant à Natel il ajouta : - Tu es décidemment toujours aussi couard mon pauvre garçon, lui dit-il avec mépris. Puis s’adressant au trois autres conspirateurs il ajouta : - Allez prévenir les autres que si quelqu’un ouvre la bouche au sujet de cette affaire, il sera poignardé sur l’heure. Et ceci est valable pour toi Natel et pour vous tous, ajouta Duval d’un ton menaçant. Les conspirateurs prirent la décision de passer à l’acte quand les barques remonteraient à Tadoussac. S’ils ne le faisaient pas à ce moment-là, ils seraient obligés de renoncer au projet.
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