Vingt-quatrième épisode - Au pays de Maïkan le sorcier


Résumé de l'épisode précédent :

L’abbé François et M. de Champlain découvrent Jacques Meunier le jeune coureur des bois agonisant sur la berge. Avant de mourir il arrive à leur faire comprendre que Guillaume est toujours vivant. L’abbé annonce alors à M. de Champlain, qu’Hébertet a peut-être été enlevé par les Iroquois pour remplacer un de leur guerrier mort, comme c’est la coutume. Le Sagamo décide de raccompagner le corps de Meunier jusqu’à son village. En arrivant le Chat a la surprise de trouver la Grand Sagamo et sa fille Uapikuan. Ils sont revenus pour l’enterrement. C’est bien sûr Maikan qui dirige la cérémonie traditionnelle. Avant de repartir l’abbé François promet de faire l’impossible pour retrouver Hébertet. Le retour vers Tadoussac est morose. La nouvelle de la mort de Jacques Meunier a couru dans toute la région. Au dîner la conversation tourne exclusivement sur ce drame. Avant de se coucher le Chat fait un tour sur le pont, il surprend une nouvelle conversation de Duval et de ses amis. Ils ont décidé d’assassiner Champlain dès qu’ils seront rendus à Québec. Le Chat n’ose pas aller trouver la Fée, comment expliquera-t-il avoir gardé secret ses doutes depuis si longtemps ? Remettant le problème au lendemain il va se coucher. Hélas, le lendemain matin quand il se rend à la cabine de ses amies, il apprend que Champlain est parti dès l’aube avec les premiers émigrants, dont Duval et sa bande…




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Le 30 juin restera gravé comme un cauchemar éveillé dans la mémoire de notre pauvre ami le Chat.

Mort de honte et de culpabilité, toute la journée et les jours suivant, il se revoyait  arrivant dans la cabine de la Fée, puis apprenant que M. de Champlain était déjà parti.

Notre pauvre Chat, était persuadé que la barque ne partait que le lendemain. Sinon bien sûr il aurait été trouver la Fée la nuit dernière. Il serait passé par-dessus les sarcasmes et les noms d’oiseaux dont elle aurait eu raison de l’affubler.

Mort de honte et de culpabilité, toute la journée et les jours suivant, il se revoyait  arrivant dans la cabine de la Fée, puis apprenant que M. de Champlain était déjà parti. Il revivait sans cesse ce qui était peut-être le pire moment de sa vie !... après qu’il ait appris que M. de Champlain était déjà parti. Ils se revoyait lamentablement écroulé au pied de la Fée qui lui disait :

- Que s’est-il donc passé ?

Apparemment, elle ne se doutait de rien…

Comme quoi une fée qui ne se sert quasiment plus de sa baguette magique et du  miroir du même nom et qui de surcroît est devenue trop humaine, ça ne voit rien venir !...

- C’est ce satané Duval qui prépare quelque chose contre le capitaine, avait-il laché,  pitoyable.
Quel moment terrible

- Calme-toi, avait dit la Fée, je te vois bien excité, es-tu vraiment sûr de ce que tu avances ?

- Ca dure depuis le départ du « Don de Dieu » avait-il du avouer l’air penaud

- Et c’est seulement maintenant que tu nous en parles ? avait alors reproché la Fée en fronçant les sourcils. 

Quelle honte, mon Dieu la honte qu’il avait vécu ce matin-là. Pourquoi avait-il donc gardé ses doutes  pour lui tout seul si longtemps ?

Il fut bien obligé de s’avouer que c’était le fruit d’un bas désir de revanche. Il n’y avait pas de doute, il avait voulu assouvir cette vieille rancoeur du premier jour où elles l’avaient toute deux oublié.

Il se promit à l’avenir de ne plus tomber dans des travers aussi destructeur, c’est le mot… Continuant son autocritique il s’avoua aussi beaucoup d’orgueil. Il aurait bien voulu faire un coup d’éclat, sauver M. de Champlain tout seul, par exemple, pour éblouir Fleur de Lune et surtout la Fée qui ne montrait pas toujours beaucoup d’estime pour lui.

Et voilà le résultat ! Il s’était trouvé face au « Tribunal de l’amitié » comme un condamné devant ses juges et il aurait voulu disparaître à tout jamais, mais pas par une formule magique, pour de vrai !!!

Enfin comme d’habitude notre ami le Chat dramatisait beaucoup, bien qu’il eut cette fois quelques raisons de le faire, il faut bien le reconnaître.

Pour tout dire, il n’était pas arrivé à expliquer à ses amies,  son manque de confiance à leur égard. Et il s’était senti  terriblement coupable. Depuis ce matin il ne cessait  de se dire que si Champlain était assassiné ce serait sa faute !....

Pour en revenir à l’entrevue avec ses deux amies. Ca n’avait pas été facile.

Après un silence réprobateur la Fée lui avait demandé  d’un ton qu’il avait ressenti comme méprisant :

- Peut-on savoir pour quelles raisons tu décides soudain de partager avec nous un secret si personnel ?

- J’avais seulement des soupçons avait répondu le Chat qui, par fierté avait décidé de reprendre du poil de la bête  (ce qui est amusant pour un chat !). - Et maintenant tu as des certitudes ? avait demandé Fleur de Lune, qui se sentait, elle aussi, trahie par son ami. 

- Oui j’ai des certitudes et je ne vous ai pas trahies, avait-il lancé. 

- Juste un peu, avait remarqué Fleur de Lune sévèrement.

Pas mécontent de faire diversion il avait décidé de faire contre mauvaise fortune bon cœur et de se rattraper :

- Nous perdons du temps, avait-il dit alors, Il faut faire quelque chose. Duval et sa bande veulent profiter du moment où les barques remonteront  à Tadoussac pour rapporter le reste de la cargaison. 

- Et pourquoi donc ? avait interrogé Fleur de Lune.  

- Parce que pendant ce temps ils seront quasiment seuls avec M. de Champlain, avait-il répondu. Il va falloir user de magie, si nous ne voulons pas avoir la mort du « Grand Homme » sur la conscience, conclut-il avec des trémolos dans la voix. 

- Je dois te rappeler que Fleur de Lune et moi n’avons aucune raison d’avoir sa mort sur la conscience, mais toi oui !

La Fée voyant que le Chat était très malheureux malgré sa fierté, se ravisa et dit sur un ton plus amical :

- J’avais  comme un  pressentiment. Ici les informations courent vite. Je comprends mieux maintenant certaines mises en garde du Grand Sagamo Anadabijou, lors de notre entretien au premier village.

Duval et ses hommes ont dû parler de leurs projets à la taverne. Ici il y a toujours quelqu’un pour épier dans l’ombre, ce doit être une habitude de défense chez les autochtones. En l’occurrence, c’est très efficace. Si tu m’avais parlé de ce que tu appelles « tes soupçons » un peu plus tôt, nous aurions peut-être évité à notre ami Champlain de courir un grand danger. Rassure-toi je vais tenter d’intervenir, mais un peu par ta faute, ce ne sera pas facile.

Moi aussi, je dois  vous faire  un aveu. J’ai eu la visite du Conseil Supérieur des Fées au grand complet, il y a quelque temps. Je ne vous en ai pas parlé pour ne pas vous inquiéter. Mais ils m’ont signalé  que j’avais dépassé depuis longtemps les limites de ce qu’il m’est autorisé de faire pour aider les humains.

Pour pouvoir continuer cette mission, j’ai accepté de perdre certains de mes pouvoirs. Beaucoup de choses me sont à présent interdites et si je voulais passer outre, je serais en grand danger, moi aussi…

 Fleur de Lune se précipitant  vers sa marraine, s’était alors  écrié :

- Je ne veux pas qu’il vous arrive du mal, tout cela à cause d’un traître que je croyais être mon meilleur ami. 

- Mais je ne suis pas un traître, s’était défendu le Chat, navré. 

- Maintenant je n’ai plus le choix, avait conclu la Fée calmement. Je vais donc me laisser guider par ma conscience. Mais  je ne pourrai rien vous raconter. Tous mes actes devront rester secrets, sinon je serai chassée définitivement du Royaume des Fées.

Je n’ai plus d’autre solution que me rendre à Québec. Avant, tout aurait été réglé d’un coup de baguette magique, mais il paraît que je ne sais plus m’en servir aussi bien qu’avant !

Le Chat pensa qu’il l’avait constaté lui aussi !

- Dans cette nouvelle aventure, continua la Fée, vous devrez me faire confiance et ne pas vous inquiéter. Je serai sur place pour l’arrivée de Champlain. Sur la barque, il ne risque rien et de toute façon je surveillerai ce qui se passe dans mon miroir magique. J’ai le droit de m’en servir, en cas d’extrême urgence. C’est aussi ce que j’avais décidé depuis le début du voyage, donc cela ne me changera pas beaucoup.

- Mais comment expliquerez-vous votre présence avait demandé la fillette ? 

- Je serai invisible bien sûr, et si je dois apparaître ce ne sera pas en Mme de Mallor, vous vous en doutez bien. Je connais mon métier, avait ajouté la Fée  en riant. Même si je n’ai plus tous mes pouvoirs, je peux encore me transformer en souris quand il n’y a pas de chat dans les parages, bien sûr ! 

- Mais ici, tout le monde se rendra compte de votre absence, s’était inquiétée Fleur de Lune.

- Vous direz que je suis souffrante et qu’il ne faut pas me déranger. 

- Et si Bonnerme le chirurgien demandait à venir vous soigner ?

- Pas de risque, il n’est plus là, il fait partie du premier voyage. 

Fleur de Lune s’était retenue de pleurer.

- Vous ne serez pas seuls, dit la Fée pour la rassurer. M. de Champlain a chargé Jean de veiller sur nous  en attendant que nous puissions tous rejoindre la nouvelle Abitation. Je sais qu’il prendra son rôle à cœur.

- Moi aussi je serai là  pour veiller sur toi, avait dit Chat sortant de sa prostration.

Fleur de Lune lui avait répondu tendrement : 

- J’espère bien, tu sais bien que je ne peux jamais t’en vouloir longtemps et je sais que tu es mon ami, mon meilleur ami.

- Je te la confie, avait dit  la Fée, en regardant le Chat un brin moqueuse. J’espère que tu résisteras à l’envie d’aller   jouer les amoureux transis chez les Montagnais, pendant mon absence. Allons ne faites pas cette tête-là, tout va bien se passer. Nous n’allons pas laisser assassiner notre ami Samuel. Nous sommes le 30 juin, la barque arrivera à Québec dans environ trois jours. J’ai encore le temps d’agir. 

- Ils y seront  le 3 juillet, avait rappelé Fleur de Lune.  C’est à cette date que nous fêtons cette année  le 400e anniversaire de la création de Québec. 

- Tu oublies que nous sommes au dix-septième siècle, ma chérie. Pour le moment je me sens bien loin de l’année 2008. Et le 400e anniversaire, me semble bien loin, lui aussi, tu ne crois pas ! Nous ne sommes ni dans le passé, ni dans le futur mais dans notre présent en 1608 !

Pour en revenir à notre affaire, si j’ai bien compris, les conspirateurs attendent le moment ou les barques vont remonter sur Tadoussac, pour mettre leur plan à exécution.  Il est bien dommage que le Chat ne nous ait pas averti avant le départ de M. de Champlain. J’aurais pu le mettre en garde ! Alors que maintenant je vais devoir user de ruses pour le protéger. Tu me suis, le Chat ? 

- Je vous suis très bien et je me sens infiniment coupable d’avoir gardé tout cela pour moi trop longtemps. Pourtant comme je crois vous l’avoir déjà dit, on n’est pas venu changer le cours de l’Histoire, dit le Chat avec sa mauvaise foi coutumière. 

La Fée avait préféré ne pas répondre. Elle pensait  qu’il  avait raison, mais que peut-être dans la vraie Histoire, en l’an 1608, une fée bienfaisante était elle aussi venue protéger M. de Champlain des agissements de l’infâme Duval !

Puis, elle leur avait demandé de la laisser seule pour consulter son miroir magique, non sans leur avoir promis de leur raconter chaque jour ce qu’elle y avait vu. On était quand même dans des moments où l’on pouvait faire une exception.

- Je ne veux pas que ma Fleur de Lune se meure d’inquiétude et que notre ami le Chat se ronge les griffes de culpabilité avait-elle lancé avant de refermer la porte.

Fleur de Lune et Chat purent suivre M. de Champlain dans sa route vers Québec, grâce au résumé que leur faisait la Fée de ce qu’elle voyait dans son miroir magique.

Ils apprirent ainsi qu’après avoir quitté Tadoussac, les barques avaient longé l’île aux Lièvres. Ensuite elles s’étaient  engagées dans une petite rivière qui s’assèche à marée basse. M. de Champlain, après avoir pêchés un certain de saumons l’avait baptisée « rivière aux saumons ». Ensuite, les embarcations avaient longé la côte nord jusqu’à  une pointe qui avançait très loin dans la mer, pointe  qu’ils ont nommée le Cap Dauphin.

Puis, ils avaient passé le Cap de l’Aigle, puis « l’isle aux Couldres » - qui s’appelle maintenant I’île aux Coudres - et le cap Tourmente ou l’on commence à trouver de l’eau douce.

Ils étaient arrivés à la hauteur de «l’isle d’Orléans. Pour M. de Chamaplain, c’est à cet endroit que débute « Le beau et bon pays de la grande rivière)». Sur la côte nord, le  capitaine a fait admirer aux émigrants, l’imposante chute qu’il avait baptisée  Sault de Montmorency,  en l’honneur du duc) auquel il avait dédié son voyage de 1603. (l’actuelle chute de Montmorency).

Fleur de Lune aurait bien  aimé avoir le droit de regarder dans le miroir magique elle aussi,  un peu comme à la télévision, mais elle dut se contenter du récit de la Fée puisque c’était formellement interdit par le Conseil Supérieur  des fées.

Fleur de Lune ne put s’empêcher de penser que ce Conseil était rabat-joie  comme aurait dit grand-mère et qu’elle avait finalement beaucoup de chance de ne pas être une fée. Certes, elle aurait aimé avoir la belle robe pleine d’étoiles, la baguette magique et le miroir, mais on ne peut pas tout avoir !

La Fée qui avait saisi ses pensées ne dit rien, mais un petit sourire s’afficha sur son visage jusqu’alors soucieux…


Le lendemain, quand Fleur de Lune et le Chat se réveillèrent, la Fée avait déjà disparu. Elle leur avait fait ses adieux la veille au soir et leur avait promis de donner très vite de ses nouvelles. Elle avait même prévu de venir les rejoindre la nuit pour qu’ils ne s’inquiètent pas trop. Elle avait fait de tendres baisers à sa filleule et une grande accolade à son ami le Chat. Malgré tout cela  Fleur de Lune eut ce matin là l’impression d’être abandonnée. Le Chat eut beau tenté de la distraire en faisant mille pitreries, qui cachaient mal sa propre inquiétude, rien n’y fit. Fleur de Lune était très émue de vivre ce jour historique pour de vrai. Elle avait bien conscience que ce n’était pas donné à tout le monde d’avoir une Fée pour marraine et un Chat Botté pour ami.

A l’école on en était encore au début de l’histoire de la Nouvelle-France. On n’avait même pas encore parlé de la traversée du «  Don de Dieu »  et encore moins de ce Duval de malheur. 

En réfléchissant bien elle se dit que Samuel de Champlain ne serait sans doute pas assassiné sinon, il n’aurait  pas pu fonder Québec, ce qui la rassura un moment. Mais en réfléchissant encore un peu plus elle fut bien obligée de reconnaître que plus rien n’était dans l’ordre des choses depuis qu’elle était devenue Isabelle Hébertet. Elle en conclut qu’elle ne pouvait plus être sûre de rien !

 La Fée de Lune, avant de partir,  avait posé un petit mot sur le miroir magique. On pouvait y lire :

Mes Chéris,

S’il m’arrive quelque chose et que je ne suis pas rentrée dans un maximum de deux jours je vous laisse mon miroir magique, j’en prends la responsabilité. Sachez que vous ne devez l’utiliser qu’en cas d’extrême urgence, sous peine d’en être privé définitivement par le Conseil des Fées. Je suis sûre que Fleur de Lune saura s’en servir, c’est une âme pure. Je vous charge tous deux de veiller sur M. de Champlain et d’user de tout ce qui sera en votre pouvoir pour le sauver, si je n’y suis pas arrivée. Je vous embrasse aussi fort que je vous aime.

La Fée de Lune.

 



 A suivre…

Fleur de Lune sera-t-elle obligée de mentir une nouvelle fois à Jean ?


Nos deux amis auront-ils des nouvelles de la Fée ?


Arrivera-t-elle a temps pour sauver M. de Champlain ?


Vous aurez peut-être la réponse à ces questions dans les prochaines nouvelles du large...



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