| Résumé de l'épisode précédent : Le Chat apprend à ses amies, que Marie la couturière avait rencontré Guillaume sur le bateau et qu’ils s’étaient mariés en arrivant à Tadoussac. Mais la famille de Marie avait refusé ce mariage avec un descendant d’Iroquois. Alors de peur qu’il ne soit tué pour venger ses parents, elle lui avait conseillé de partir, mais elle avait refusé de le suivre sous prétexte qu’elle ne l’aimait pas assez. Ce n’était pas vrai, c’était pour le sauver, mais Guillaume qui ne le savait pas. Il est donc parti désespéré et depuis on est sans nouvelles de lui. Le soir, nos amis se rendent à la tabagie, ils y retrouvent l’abbé François, mais aussi… Maikan… que vient-il faire ?
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Toutes ces questions sans réponse tournaient comme un manège dans la tête du pauvre Chat. L’abbé prit la parole à son tour : - Mon ami Hébertet avait une grande estime pour vous Madame, il avait tant entendu parler de vous par sa défunte épouse, dit l’abbé. Il avait une immense reconnaissance pour tout ce que vous aviez fait pour sa fille. Il y a six mois, nous devions nous rencontrer au cours de sa tournée. Sans nouvelle de lui, je me suis rendu à Tadoussac. Personne ne l’avait vu depuis plus de deux semaines. - Je croyais qu’il prévenait son entourage de ses déplacements, intervint M. de Champlain. - Bien qu’il connût parfaitement le pays, ce n’était pas un homme à prendre des risques, renchérit l’abbé. C’était un homme bon et on ne lui connaissait pas d’ennemi, pourtant je crains qu’il ne lui soit arrivé malheur… - Je suis décidée à faire, pour ma filleule, toutes les recherches qui seront en mon pouvoir, dit fermement la Fée. Je n’ai pas l’intention de m’avouer vaincue. - Je ne peux que saluer votre courage et vous assurer de toute mon aide, si tant est que je puisse vous en apporter, madame, dit l’abbé, sans cacher son admiration. - L’aigle, qui se dit Metshu dans notre langue, a le regard perçant, dit alors Maikan avec un drôle de sourire. L’aigle peut voir très loin, il peut broyer les os de ses proies avec ses serres, mais s’il devient aveugle toutes ces qualités seront inutiles. - Je ne comprends pas le sens de cette fable, dit la Fée en le regardant droit dans les yeux. - J’espère que quand vous la comprendrez, il ne sera pas trop tard, répondit le sorcier d’un ton mielleux. Mais vous pouvez compter sur moi pour vous aider dans vos recherches, j’espère que vous n’en doutez pas. - Bien sûr que non, répondit la Fée sur le même ton. - Alors, il faudra ne rien me cacher, dit le sorcier d’une voix suave et menaçante à la fois. - On ne peut rien cacher à un chaman, répondit la Fée sur le même ton. - J’aime à vous l’entendre dire, conclut Maikan en se levant. A votre service, madame, je dois continuer ma route, j’ai été particulièrement heureux de passer cette nouvelle soirée en votre compagnie. A bientôt l’abbé ! Nous sommes souvent sur les mêmes chemins ! Nous ne tarderons donc pas à nous retrouver. Si je me souviens bien, en France vous dites que tous les chemins mènent à Rome ? Dorénavant en Nouvelle-France, nous pourrons dire que tous les chemins mènent à Québec ! Il partit d’un grand rire qui résonna jusqu’aux montagnes environnantes et nous revint en échos comme un mauvais présage. - Certes, dit l’abbé gravement, mais on peut être sur le même chemin et ne pas poursuivre les mêmes buts. Le sorcier grimaça un vilain sourire et demanda d’une voix coupante : - Dois-je comprendre que nous avons des desseins différents l’abbé ? - Ne connaissant pas les vôtres, répondit calmement l’abbé François, je serais bien en mal d’en juger. Je n’ai pas vos pouvoirs, je n’ai que ceux que mon Dieu me donne et je n’en voudrais pas d’autres. Le sorcier jeta un regard haineux à l’abbé François et puis lança avant de sortir : - Je respecte votre grand Manitou mais nous avons les nôtres… A bientôt la compagnie ! Ces mots sonnaient comme une menace. M. de Champlain comprit alors qu’il faudrait se méfier à l’avenir de cet homme, plus dangereux encore que ce qu’il en avait pensé au départ. Pour la Fée, c’était clairement une déclaration de guerre ! Passaconnaoua semblait étonné et même contrarié de ce qu’il venait d’entendre. Mais il ne dit rien, car c’était un homme sage, un vrai Sagamo. La soirée se termina peu de temps après. La petite troupe raccompagna la Fée à son tipi. Au moment de prendre congé l’abbé dit à M. de Champlain tout en regardant la Fée avec insistance pour qu’elle comprenne que ces paroles lui étaient aussi destinées : - Mon cher ami vous vouliez me demander des renseignements sur les autochtones de la région de Québec, je crois. Voulez-vous que nous en parlions maintenant ?, car je dois repartir dès l’aube. M. de Champlain un moment étonné par les propos de l’abbé, comprit que celui-ci désirait avoir un entretien en particulier. - J’ai failli oublier, merci mon bon ami, répondit-il chaleureusement. Toute cette fumée m’a tourné la tête. Nous pourrions faire un petit tour jusqu’à la rivière. Il y a un si beau clair de lune ce soir, on voit presque comme en plein jour. L’abbé prit congé de la Fée en disant : - Je suis au regret de ne pas avoir fait la connaissance de Mlle Isabelle, mais ce n’est que partie remise Je l’espère ! Fleur de Lune qui n’arrivait pas à dormir pour beaucoup de raisons que l’on peut comprendre et aussi parce qu’elle n’était pas vraiment rassurée, avait entendu la conversation au travers des parois du tipi. - Ouf, je n’aurais pas à rencontrer l’abbé François, dit-elle à la Fée au moment où celle-ci entrait. - Je te trouve sotte parfois, répondit la Fée, tu ne dors donc pas ? - J’ai eu un peu peur, dit Fleur de Lune avec une toute petite voix. -Tu aurais peut-être dû y penser avant. C’est toi qui as décidé de rester, remarqua la Fée. - Si je comprends bien vous n’étiez pas inquiète de me laisser ici seule dans la nuit, interrogea Fleur de Lune étonnée ? - Deux fiers guerriers montagnais sont restés en éveil toute la soirée devant notre tipi. Les Iroquois, comme tous les Amérindiens, attaquent toujours par surprise. Du fait de leur culture ils préfèrent la stratégie à la force et pensent qu’ils ne doivent pas mettre leur vie en danger inutilement. M. de Champlain leur a expliqué que s’ils montent la garde en permanence ils pourront déjouer bien des pièges. La preuve tu es saine et sauve. - Vous avez entendu les paroles de l’abbé, dit Fleur de Lune qui préférait changer de conversation. Je suis sûre qu’il a quelque chose de très important à confier à M. de Champlain. Fleur de Lune interrogea la Fée sur le déroulement de la soirée. Tout ce que cette dernière lui rapporta sur l’attitude bizarre du sorcier ne fit que confirmer la mauvaise impression qu’il lui avait faite. Elle eut beaucoup de mal à s’endormir et fit d’horribles cauchemars où Maikan la prenait en otage. Cauchemars qui se terminèrent en beau rêve quand Jean vint la sauver ! Les parents de Muashkuss, le truchement, habitaient dans le village. Ce dernier avait sympathisé avec le jeune Etienne Brûlé et l’avait invité au tipi familial. Les deux garçons prirent donc, à leur tour, congé de M. de Champlain et de l’abbé. - Je ne sais, une fois encore, comment vous remercier M. de Champlain, dit le jeune Etienne avant de suivre le truchement vers l’autre bout du village. J’ai l’impression d’avoir trouvé ma vraie famille et je me sens devenir indien chaque jour un peu plus. - Moi c’est déjà fait, pensa le Chat. Je suis montagnais depuis des générations et même futur Grand Chagamo de tous les Montagnais, si mon rêve ne m’a pas menti, bien sûr. Mais il ne peut avoir menti, les songes sont des présages de ce qui va se passer, tous les Indiens le savent, Montagnais ou pas… Le Chat, bien entendu toujours invisible, était bien décidé à suivre M. de Champlain comme son ombre. Enfin c’est une expression, car, bien entendu, quand on est invisible, on n’a pas d’ombre !
- Ici on ne peut s’approcher de nous sans être vu, dit l’abbé François. Ce que je vais vous dire ne doit être entendu de personne et surtout pas de ce Maikan que je n’appellerai pas chaman car il n’en a pas les qualités. Je crois que c’est un fort méchant homme. Il parlait à voix basse tous ses sens en alerte. Il connaissait bien les autochtones et leur capacité à se déplacer sans être vus ni entendus. Il avait d’ailleurs repéré une silhouette qui les suivait depuis la sortie de la grande tente. Pour plus de sûreté l’abbé entraîna M. de Champlain vers le petit embarcadère. - J’ai la même impression que vous, lui confia M. de Champlain. Mais je ne comprends pas en quoi nous le gênons. - Nous finirons bien par le savoir ! Il est arrivé à Tadoussac, il y a plus de dix ans. Personne ne le connaissait. Il prétend avoir été emmené en France tout enfant par un marchand qui l’aurait adopté. Trente ans plus tard il serait revenu en Nouvelle- France pour retrouver ses racines, lui aussi ! Un vieux chaman très renommé se serait pris d’affection pour lui et lui aurait enseigné son art et transmis tous ses secrets. - Je ne savais pas tout cela, dit M. de Champlain, mais j’ai quand même entendu dire que notre homme pratique une sorcellerie qui n’a rien à voir avec celle des chamans. Croyez-vous qu’il l’aurait apprise en France ? - Cela se pourrait. Le vieux chaman est mort dans d’étranges circonstances… il se serait empoisonné en essayant une nouvelle potion. Ce qui est bizarre c’est qu’il s’agirait d’un mélange de plantes inconnues dans ce pays. Personne n’a jamais osé affirmer que le vieux chaman avait été assassiné. Maikan fait bien trop peur à tout le monde… mais je crois qu’un doute plane, du moins c’est ce qu’on laisse entendre chez les Wendats où il aurait fait ses premiers pas de sorcier avant de venir chez les Montagnais dont il prétend être issu… Tout ce que je sais c’est qu’il est assoiffé de pouvoir, envieux et capable d’une rare cruauté quand il pratique certains rites et en particulier la chasse. - C’est étrange, vous savez comme moi que les sauvages d’ordinaire respectent l’animal qu’ils vont tuer, dit M. de Champlain. - C’est une âme noire, répondit l’abbé. C’est aussi un terrible manipulateur. Il fait peur aux autochtones car il possède des pouvoirs inconnus d’eux. Il les éblouit par ses connaissances et sa culture européenne. Je crois qu’il les incite à la guerre et à la vengeance ! Quant au Grand Sagamo Anadabijou, il ne jure plus que par Maikan. Il a besoin de lui pour les échanges commerciaux. A ce moment les deux hommes entendirent des gémissements qui venaient du bord de la rivière… M. de Champlain et l’abbé François se précipitèrent vers l’endroit d’où venaient les gémissements entendus. Ils ne tardèrent pas à apercevoir un homme ensanglanté qui se traînait dans le sable pour tenter de les rejoindre. En s’approchant, ils reconnurent Jacques Meunier, le coureur des bois du premier village, celui-là même que M. de Champlain devait rencontrer le lendemain matin. Ce dernier réalisa vite que l’homme était mourant et se pencha avec compassion. Meunier prononça quelques paroles incompréhensibles, puis dans un dernier effort il hoqueta : - Guillaume… vivant… Puis, il mit son doigt en travers de sa bouche comme s’il demandait qu’on garde cette information secrète et rendit le dernier soupir. Ce pauvre garçon avait sans doute payé de sa vie les informations qu’il voulait donner à M. de Champlain. Celui-ci comprit alors que le secret autour de la disparition de Guillaume pourrait coûter d’autres vies et qu’il lui faudrait veiller de très près à la sécurité d’Agathe et d’Isabelle. - Nous devons aller prévenir le Sagamo Passaconnaoua, dit-il alors l’air grave. - Je dois d’abord vous confier ce que je sais sur mon ami Hébertet, répondit l’abbé. Ce pauvre Jacques Meunier peut hélas attendre un moment, occupons-nous des vivants. - Vous voulez dire qu’Hébertet aussi serait en vie … interrogea M. de Champlain. - Je le pense. J’ai appris récemment que peu de temps après son départ de Tadoussac pour sa dernière tournée, les Iroquois avaient fait une rafle dans le premier village où notre ami devait se rendre. - J’ai appris moi aussi que ces derniers temps les Iroquois avaient perdu beaucoup d’hommes. Cette guerre permanente entre nations autochtones est un vrai fléau. Suivant la coutume, certains de ces pauvres diables seront exécutés, d’autres serviront d’esclaves, et les plus heureux seront choisis par les femmes pour remplacer un membre du clan. Il va prendre la place d’un guerrier iroquois mort au combat. Il prend aussi son nom et son rang dans le clan. Il hérite de ses biens, de son épouse et de ses enfants. On lui prend en quelque sorte son âme pour remplacer celle qui est partie. Grâce à cela il y a toujours le même nombre d’hommes dans chaque camp. Seule la sagesse indienne peut permettre de comprendre une chose aussi invraisemblable pour les pauvres Blancs que nous sommes. - J’avoue que ce fut une des choses qui me surprit le plus, lorsque je suis arrivé en Nouvelle-France, reconnut l’abbé. - Votre ami Hébertet aurait donc été fait prisonnier ? demanda M. de Champlain. - En tout cas c’est à la date de cette rafle qu’on a perdu sa trace. - Mais pourquoi personne n’en a-t-il parlé ? s’étonna M. de Champlain. - Bonne question, répondit l’abbé. Je me suis rendu dans le village où cela se serait passé, mais il semble que tout le monde ait perdu la mémoire. Personne ne l’aurait vu, ni avant, ni après. Les autochtones connaissent parfaitement l’art de la dissimulation, c’est aussi ce qui leur a permis bien souvent de survivre. Voilà c’est tout ce que je peux vous dire pour le moment, mais ce que je viens d’apprendre sur Guillaume de Carabas me fait penser qu’il y a peut-être un lien entre ces deux affaires. Je vais donc tenter de tirer cette affaire au clair par tous les moyens possibles. - Faites bien attention à vous, dit M. de Champlain. - Je sais courir comme le lièvre quand c’est nécessaire. C’est sans doute pour cela que les Montagnais m’appellent abbé Uapush ce qui veut dire abbé Lièvre c’est amusant. On pourrait dire que je suis un lièvre blanc, conclut l’abbé avec un petit rire. Le Chat qui, grâce à son invisibilité, avait assisté médusé à la scène et qui avait tout entendu, se précipita vers le tipi de la Fée et d’Isabelle pour tout leur raconter. Ils furent réveillés très tôt le lendemain, car il avait été décidé que le Sagamo Passaconnaua accompagnerait avec quelques-uns de ses hommes, le corps de Meunier jusqu'à son village,. Le canot funèbre suivit donc l’embarcation de M. de Champlain. Quand ils arrivèrent à la hauteur du premier village, ils virent les habitants rassemblés sur la petite plage. Les Amérindiens ont des moyens de communication presque aussi efficaces que le téléphone.
A la grande surprise et au grand bonheur de notre ami le Chat, Le Grand Sagamo Anadabijou, accompagné de sa fille et de la jeune veuve du coureur des bois, vint les accueillir.
- Jacques Meunier, qui avait pris le nom de Shakaikanis - qui veut dire « petit lac » dans notre langue - , sera enterré comme un brave Montagnais qu’il était devenu, dit Anadabijou en s’adressant à M. de Champlain. L’enterrement aura lieu dans quatre jours comme c’est la coutume. Nous pensons tous à la peine de Mikuen son épouse et le pauvre petit Kenikuenis qui veut dire « petit Grégoire ». Qui aura la lourde charge de venger son père plus tard, si nous n’avons pas trouvé le coupable avant, bien sûr. Pour ramener la paix dans nos esprits et dans notre village, j’ai demandé à Maikan notre chaman de préparer une cérémonie. J’espère, qu’avant de partir, vous nous ferez l’honneur d’y assister avec vos amis. Vous pourrez ainsi prier votre grand Manitou pour la paix de son âme. Maikan fera le reste. Quand la nuit commença à tomber tout le village conduit par le Grand Sagamo et sa fille se rendit devant une tente que le chaman venait de construire pour la circonstance et dans laquelle il s’était enfermé. Puis les villageois se mirent à appeler les esprits par des chants avec des tambours. Le Chat aurait voulu y participer, mais il se rendait bien compte que ce ne serait pas raisonnable et surtout il craignait les éventuelles remontrances de la Fée. Il chanta tous les chants et frappa le tambour avec eux par la pensée, en espérant que Uapikuan tout au fond de son âme sentirait sa présence, ce sont des pratiques courantes entre Indiens ! Après un long moment on entendit des cris d’animaux et la tente se mit à trembler.
L’abbé François se pencha vers Fleur de Lune, avec laquelle il avait sympathisé. Il lui avait même trouvé des qualités qui lui rappelaient son ami Hébertet. - Ces cris d’animaux retentissent quand les divinités arrivent, lui dit-il. Maintenant Maikan le chaman va entrer en transe. Il ira jusqu’au seuil de la mort. Mais rassurez-vous, il en revient toujours pour apporter la santé et la prospérité aux habitants du village. Aujourd’hui, il aura fort à faire. Avant de les raccompagner jusqu’à la petite plage où tout le village les attendait pour leur souhaiter un bon retour, il dit à M. de Champlain avec émotion : - Je suis très heureux de savoir que la fille de mon ami Hébertet est un personnage aussi attachant. J’espère que nous retrouverons son père sain et sauf. En attendant je viendrais vous voir souvent à Québec et je m’occuperais de l’éducation religieuse d’Isabelle, si vous le permettez bien sûr ! - Première nouvelle dit M. de Champlain en riant. Je crains que votre éducation ne soit plus qu’à moitié chrétienne. Si je vous la confie, vous en ferez une chaman, prête à quitter le monde des Blancs, tout comme son père! - Dieu m’a donné de prendre le bon en chaque chose et en chaque être mon cher Samuel répondit l’abbé avec un petit sourire tranquille. De toute façon c’est Isabelle qui décidera et vous serez peut-être étonné de son choix ! Fleur de Lune trouvait le prêtre de plus en plus sympathique, elle avait un peu honte d’avoir eu si peur de le rencontrer. Le grand Sagamo Anadabijou et sa fille Uapikuan les accompagnèrent jusqu’à leur embarcation. Après de bien belles paroles d’adieu, la petite troupe remonta sur le bateau. Le retour vers Tadoussac se fit dans un lourd silence. Chacun pensant aux événements qu’ils venaient de vivre et mesurant les difficultés et les dangers qui les attendaient. Peu après le départ, M. de Champlain demanda à Etienne Brûlé s’il rêvait toujours de devenir coureur des bois et le jeune homme lui répondit que rien ne pouvait entamer sa vocation et que c’étaient les risques du métier. Fleur de Lune fut pleine d’admiration pour son courage et pensa qu’à sa place, elle n’aurait eu qu’un désir, retourner en France au plus vite ! Le Chat n’avait même pas pu parler à sa fiancée indienne, mais il était heureux de l’avoir revue, malgré la tristesse de la situation. Il se dit que l’avenir n’était vraiment pas très sûr. Il n’avait aucune envie de réapparaître aux yeux de qui que ce soit, sauf ceux d’Uapikuan. Invisible il se sentait protégé. C’était peut-être une erreur ! N’avait-il pas un peu sous-estimé les pouvoirs du sorcier… Si l’Homme en noir pouvait disparaître, comme il l’avait fait en même temps que lui à la taverne, peut-être pouvait-il aussi retrouver le Chat dans le monde de l’invisible ? Mais alors pourquoi ce sorcier de maleur faisait-il semblant de ne pas le voir, lu le Chat et au nom de quel méchant dessein usait-il d’une telle ruse ?
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