| Résumé de l'épisode précédent : Après avoir quitté le village, la petite troupe repart sur le Saguenay, vers la fin de l’après-midi, ils arrivent dans un nouveau village. L’abbé François est là pour les accueillir, c’était la surprise annoncée par M. de Champlain. Après une nouvelle pétunerie, nos trois amis se reposent un moment dans la tente. C’est le moment pour le Chat d’annoncer tout ce qu’il a appris sur Marie. Elle est la fille d’un riche marchand et d’une Montagnaise. Son père a été tué par les Iroquois à la suite de quoi sa mère s’était jetée d’une falaise. C’est Dugas de Monts qui l’a ramenée en France et elle a été élevée par sa grand-mère à Brouages. A la mort de cette dernière la jeune fille peu appréciée par le reste de la famille décide de retourner à Tadoussac. Elle part par le premier bateau de Dugas de Monts en 1600…
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- Alors, répéta le Chat, j’attends la réponse : qui Marie a-t-elle donc rencontré sur le vaisseau de Dugas de Monts ? - Guillaume ! s’écria Fleur de Lune en sautant de joie. - Chut, calme-toi, dit la Fée inquiète, on a dû t’entendre crier jusqu’à l’autre bout du village. - Je suis désolée marraine, mais, je ne me suis pas trompée, n’est-ce pas ? demanda Fleur de lune en se pelotonnant contre son ami le Chat toujours transformé en Indien. Le Chat était très déçu, il aurait voulu laisser son auditoire sur des charbons ardents un peu plus longtemps… Mais il fit contre mauvaise fortune bon cœur et continua son récit : - Fleur de lune a trouvé, c’est un signe d’intelligence… Je continue donc, si Mademoiselle veut bien ne pas m’interrompre à tout bout de champ ! Guillaume et Marie, en tant que passagers et futurs émigrants, ne tardèrent pas à faire plus ample connaissance. Comme vous vous en doutez, ils avaient tout pour s’entendre et pour se plaire. Ils étaient tous deux métis et tous deux désireux de revenir aux sources. Hélas ce n’était pas si simple !... Elle était d’origine montagnaise et lui était d’origine iroquoise... M. Dugas de Monts auquel Guillaume avait annoncé son projet de mariage avec Marie, tenta de les mettre en garde. Il leur expliqua que Guillaume, descendant d’Iroquois, risquait de se faire tuer par les Montagnais qui voudraient venger la mort des parents de Marie. Il leur conseilla même de retourner en France. Mais, Guillaume ne voulut rien entendre et épousa Marie dès leur arrivée à Tadoussac. C’est l’abbé… - L’abbé François qui les maria… lança Fleur de Lune. - Tu commences à m’énerver, dit le Chat mécontent, puisque tu es si maligne, tu n’as qu’à continuer l’histoire à ma place. - S’il te plaît, supplia la fillette. - Je continue, car je suis bon prince, dit le Chat se laissant amadouer. Dugas de Monts fut leur témoin et garda le secret, c’est la raison pour laquelle M. de Champlain n’est apparemment pas au courant de cette histoire. Guillaume et Marie s’installèrent en ville dans la petite maison que vous connaissez en attendant que Guillaume retrouve sa famille. Hélas, comme l’avait prévu de Monts, la famille indienne de Marie fut très vite au courant. Elle lui fit savoir qu’elle n’admettrait jamais cet affront. Vivre avec Guillaume, métis d’Iroquois, équivalait à vivre avec l’assassin de son père. Sa famille la renia et lui fit dire que si elle restait avec lui, il mourrait. - Mais ils sont tous des Amérindiens , alors pourquoi se battent-il et s’entretuent-ilst entre frères ! s’exclama Fleur de Lune scandalisée par ce qu’elle venait d’entendre. - Ce sont des Amérindiens mais ce sont aussi des humains, dit doctement le Chat. - Que s’est-il donc passé ? interrogea Fleur de Lune impatiente de connaître la suite. - Marie supplia Guillaume de partir au plus vite chez les Iroquois, continua le Chat. Elle lui promit de le rejoindre plus tard. Guillaume refusa. Il était sûr que sa famille iroquoise accepterait Marie, car il faisait partie du clan du grand chef Donnacona ! Mais Marie ne voulait pas vivre en se cachant, et surtout, elle ne voulait pas faire courir de si grands dangers à Guillaume. Elle finit par lui dire qu’elle ne l’aimait pas assez pour trahir sa famille. - Mais elle l’aimait, j’en suis sûre, dit Fleur de lune avec flamme. - Sans aucun doute, mais en le chassant elle lui sauvait la vie, dit le Chat fataliste. - Que c’est romantique ! soupira Fleur de Lune. Mais pourquoi Guillaume a-t-il accepté ? - Il n’a pas accepté facilement, mais que voulais-tu qu’il fasse ? Il a fini par la croire. Il est parti désespéré et personne n’a plus jamais eu de nouvelles de lui. On a accusé les membres de la famille de Marie de l’avoir tué. Mais les Montagnais ont répondu que, s’ils l’avaient fait, ils ne s’en seraient pas caché et n’auraient pas manqué de rapporter son corps à Marie, afin qu’elle sache que son père était enfin vengé. Ils sont persuadés que Guillaume s’est enfui comme un lâche ! En tout cas depuis cette histoire, Marie n’a plus jamais parlé de lui et personne n’ose aborder ce sujet devant elle, pas même Uapicuan, sa cousine préférée. - Mais c’est affreux, dit Fleur de Lune. . - Ce sont nos coutumes, à nous autres Montagnais, dit sagement le Chat, il faut les respecter.. Mais cela veut dire aussi qu’il nous reste un espoir de retrouver Guillaume. S’il est chez les Iroquois, il doit y être sous une autre identité, car il est toujours menacé de mort. - Quelle histoire, souffla Fleur de Lune. C’est un vrai roman. - C’est juste la vie, dit le Chat philosophe. Voilà tout ce que j’ai pu savoir !... mais mon instinct me dit qu’on nous cache quelque chose au sujet de Marie, quelque chose de très important. Uapikuann’a peut-être pas le droit de tout révéler. Mais je finirai bien par le savoir. - Pour cela on peut te faire confiance, dit la Fée taquine. Je pense comme toi au sujet de Marie… Mais j’entends la voix de notre ami Jean. Il est temps de se rendre à la « tabagie » ou au festin si tu préfères. Quand nous serons tous revenus au bateau, nous allons demander au cuisinier de nous faire des repas légers pendant quelques jours. - Parlez pour vous ma chère, dit le Chat, moi je me régale, c’est normal c’est la cuisine de mes ancêtres. - Si tu le crois, dit la Fée qui ne cherchait même plus à le persuader qu’il n’était pas montagnais. Puis s’adressant à Fleur de Lune qui s’était enveloppée dans une des couvertures de fourrures, elle demanda : - Tu es bien sûre de ne pas vouloir venir avec nous ? - Je suis trop fatiguée, répondit-elle, d’une petite voix. - Et tu as surtout peur de rencontrer l’abbé François, dit la Fée en la regardant droit dans les yeux. Fleur de Lune ne se défendit pas et ferma les yeux… Quand la petite troupe arriva dans la grande tente ou se tenait la « tabagie », ils eurent la mauvaise surprise d’y trouver Maikan, le sorcier. Que venait-il donc faire ? Le festin fut, lui aussi, plus simple que celui de la veille, il n’y avait que les membres de la communauté et un Sagamo du nom de Passaconnaoua. Il remplaçait sans doute Anadabijou et Uapikuan. - Je suis heureux de retrouver mon grand ami l’abbé François, claironna le sorcier faussement amical. L’abbé eut l’air un peu étonné et ne manifesta pas un grand enthousiasme. Sans s’en soucier Maikan s’assit à côté de lui dans le but évident de monopoliser son attention. M. de Champlain voyant qu’il n’arriverait pas à s’immiscer dans la conversation, se leva et dit en s’adressant au Sagamo : - Nous recherchons la trace d’un commerçant en fourrures qui s’appelle Hébertet. C’est le père de notre petite Isabelle. C’est aussi un grand ami de l’abbé. Il y eut un lourd silence dans l’assistance. Les visages se fermèrent et le Sagamo Passaconnaoua prit la parole : - Je suis heureux de savoir la vraie raison de la présence parmi nous de l’abbé François. Nous connaissions bien son ami Hébertet et nous l’estimions beaucoup. - Je n’en doutais pas et c’est pourquoi j’ai donné ce rendez-vous à l’abbé, précisa M. de Champlain. Je suis venu vous demander d’unir nos efforts pour rechercher cet honnête commerçant. - Notre frère Champlain a sagement parlé, dit Passaconnaoua chaleureusement, je suis honoré de sa confiance… Puis après un long moment de silence et de réflexion comme c’est la coutume, il ajouta : - Nous allons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour vous aider et s’il le faut nous chercherons le père de la demoiselle Isabelle dans tout le pays. Les Montagnais reprirent en chœur : - Oh oh oh ! oh oh oh! Ce qui voulait dire qu’ils étaient d’accord. L’ambiance se détendit aussitôt et le sorcier fit un sourire forcé qui ressemblait à une envie de mordre…
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