Vingtième épisode - Au pays de Maïkan le sorcier


Résumé de l'épisode précédent :

Au matin tout le monde rentre se coucher dans la tente. Un peu plus tard arrive le Chat qui lui aussi tombe de fatigue. Il est tellement persuadé d’être un Indien qu’il ne pense pas à se retransformer. Il rêve qu’il se marie avec la jeune Indienne et qu’il se bat avec Guillaume qui est devenu le Chef des Iroquois… Au réveil il explique qu’il est un Indien transformé en chat. Ses propos inquiètent la Fée et Fleur de Lune. Mais le Chat ne veut pas en démordre. Il leur apprend que sa fiancée Uapicuan est la fille du Grand Sagamo. Et qu’elle est la cousine de Marie, la couturière de Tadoussac. Il est sûr de découvrir son secret…. Mais Muashkuss le truchement vient les chercher…




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Un quart d’heure plus tard, M. de Champlain accompagné de Jean, d’Etienne Brûlé et de Muashkus, se présentait à l’entrée de la tente. L’exactitude  est la politesse des rois, dit la Fée. 

- Je ne connaissais pas ce proverbe, dit M. de Champlain, si vous le permettez je vous l’emprunterai souvent.

Tous les habitants du village les accompagnèrent jusqu’au bateau avec des chants et des danses. Uapicuan prit la parole au nom de son père :

- Que Gritchi Manitou, le Grand Esprit, ainsi que tous  les esprits des eaux et de la terre, ceux de l’air et des vents, des rochers et des courants vous soient favorables, et que l’esprit de la Rivière vous mène en paix vers le but de votre voyage.

Elle parlait d’une voix  douce mais qui portait très loin. Le Grand Sagamo Anadabijou, son père, lui avait appris à s’exprimer en public.

Le Chat de nouveau invisible assistait à la scène. Il était plein d’admiration pour sa jolie fiancée et en même temps il était au supplice de ne pouvoir être auprès d’elle.

S’il voulait la demander en mariage au Grand Sagamo, quelles explications pourrait-il donner sur les soi-disant services rendus à M. de Champlain ?

Heureusement il aurait le temps d’y penser et d’y réfléchir. Il aurait tant à faire dans les semaines et dans les mois à venir…

Il lui faudrait d’abord remplir sa mission, quoi qu’il lui en coûtât, mais  il retrouverait Guillaume, il en était sûr. Il donnerait toutes les informations à son maître et puis disparaîtrait pour toujours. Il deviendrait  le mari de la fille du Grand Sagamo Anadabijou et, qui sait,  futur Grand  « Chagamo » lui-même… Après tout, les rêves prémonitoires existent, même si l’idée d’un duel avec Guillaume ne lui plaisait guère.

Le cœur brisé, il monta avec les autres sur le bateau, laissant son bel amour tout neuf sur la rive…

Le canot  filait sur le Saguenay depuis le matin. Fleur de Lune s’était endormie sur l’épaule de sa marraine.

Un peu avant la tombée de la nuit, ils aperçurent de nouveau des embarcations pleines de Montagnais qui venaient à leur rencontre.

Peu de temps après ils furent en vue d’un nouveau village qui ressemblait en tout point à celui où ils avaient passé la nuit. Sur la petite plage où ils accostèrent, un groupe de femmes et d’enfants les attendaient.

Un homme se détacha du groupe c’était un prêtre.

- Ma surprise vous attend, dit alors M. de Champlain. 

- Serait-ce l’abbé François, demanda la Fée ? 

- On ne peut rien vous cacher ma chère. Agathe. Je l’avais fait  prévenir que nous serions dans les parages et que nous aurions besoin de le rencontrer. C’est un très brave homme et je suis sûre que vous allez l’apprécier. Il va peut-être nous donner des nouvelles du père d’Isabelle. 

Fleur de Lune eut l’impression, cette fois encore, que le sol se dérobait sous ses pas… Pour une surprise, c’était une surprise, mais elle aurait préféré en avoir une autre… Elle craignait depuis des semaines la confrontation avec M. Hébertet. Elle aurait voulu pouvoir disparaître, tout comme le Chat.

- Moi, j’aimerais mieux être auprès de ma fiancée, marmonna ce  dernier! Je ne sais même pas où elle se trouve à présent. Je sais seulement qu’elle devait rejoindre son père après notre départ. Elle est son seul enfant et il la considère presque comme un fils. Il lui confie même des missions dangereuses. Cette guerre perpétuelle avec les Iroquois, va me faire mourir d’angoisse !

 Comme tu le vois, petite Fleur, j’ai aussi mes soucis, tout invisible que je sois. Mais laisse-moi quand même te dire que tu ne devrais pas avoir peur de rencontrer l’abbé et même Hébertet si on le retrouve. Tu es parfaite en Isabelle.  J’en arrive parfois à oublier que tu es Fleur de Lune, parole de Chat. 

La petite fille, bien que réconfortée, se dit qu’elle préférait quand même éviter l’épreuve, ce qui n’est pas très courageux, mais humain.

Jean inquiet pour la fillette qu’il avait vu pâlir, dit alors :

- Ma petite sœur est bien fatiguée, je pense qu’elle devrait aller se coucher tôt ce soir. 

Quelle bonne idée, pensa Fleur de Lune. Le Chat a beau dire, c’est la meilleure façon d’échapper aux éventuelles questions de l’abbé François.

- Vous avez raison, Jean, je n’en peux plus, dit-elle d’une voix mourante. 

- N’en fais pas trop quand même ! lui souffla le Chat. 

- J’espère que nos amis Montagnais excuseront la fatigue de ma filleule, dit la Fée volant au secours de Fleur de Lune. Je crois qu’elle ne participera pas aux agapes de ce soir. C’est encore une enfant et nous lui en demandons beaucoup en ce moment. 

Pour une fois Fleur de lune ne s’offusqua pas qu’on la traitât d’enfant, tout plutôt que d’être soumise à la question.

La cérémonie d’accueil du deuxième village fut un peu plus simple que la veille. Il n’y avait que les habitants du village. Ensuite, les invités  furent dirigés vers leurs tipis respectifs.

Le Chat avait, bien entendu toujours invisible, suivait  la petite troupe. Il avait même profité du moment où l’on pétunait en silence,  pour dormir encore un peu, histoire de se remettre les idées en place. Mais sitôt la Fée et Fleur de Lune arrivées dans leur tipi, il réapparut.

- Tu devrais être raisonnable ! dit la Fée en le voyant de nouveau en Amérindien, il faut absolument que tu te réhabitues à être un chat. 

- Ici, c’est moins dangereux d’être un Amérindien qu’un chat, répondit-il. Vous n’êtes pas sans savoir que nous autres Montagnais avons la fâcheuse habitude de tuer les chats, sous prétexte qu’ils sont sauvages. Puis nous les mangeons après en  avoir récupéré la peau ! Mais avant la chasse, nous faisons des cérémonies pour apaiser les esprits et  les âmes de ces pauvres animaux. Chaque fois que nous en tuons nous faisons des offrandes à leur esprit et le remercions de nous fournir à manger et de quoi nous couvrir. Nous ne brûlons pas leurs os pour que leur âme puisse continuer de vivre éternellement. Malgré ces délicatesses,  je ne rêve pas de partager un tel sort. D’autre part vous semblez oublier  que ces villages sont pleins de chiens dressés pour la chasse ! 

- Il a peut-être raison, dit Fleur de Lune, c’est plus prudent d’être en Montagnais. 

- Admettons, dit la Fée qui n’était pas vraiment convaincue. Mais je te préviens, le Chat, dès notre retour à Tadoussac tout ceci sera fini et bien fini. En tout cas jusqu’à ce que nous ayons rempli notre mission. 

- Et la nuit aussi ? demanda le Chat d’une voix timide. 

- Je te vois venir, dit la Fée gentiment complice. Pour  la nuit, on verra, mais pas toutes les nuits… 

- Bien sûr que non, dit le Chat tout heureux. De toute façon, Uapikuan ne sait pas encore que j’ai des Bottes de Sept Lieues. Je dois vous avouer que j’aurais bien du mal à la rejoindre car j’ignore  où elle se trouve en ce moment. 

- Si tu es raisonnable, nous regarderons tous ensemble dans le miroir magique et nous saurons où la trouver, dit gentiment la Fée. 

- C’est merveilleux, merci, merci beaucoup, dit le Chat avec enthousiasme. 

Puis se rembrunissant il demanda :

- Je ne vois pas ce que vous voulez dire avec « si tu es sage » ? 

- Je t’expliquerai plus tard… Nous n’avons plus beaucoup de temps pour échanger nos informations, enchaîna la Fée. C’est donc toi qui vas commencer, car je crois bien que tu as appris des choses importantes. Mais d’abord, par prudence, rapprochons-nous les uns des autres et parlons bas, il ne faudrait pas qu’on nous entende. 

- Je ne sais par où commencer, dit le Chat en ménageant ses effets… 

- Venons-en  aux faits, dit la Fée. 

- Si vous le prenez sur ce ton… dit le Chat en faisant mine de se lever. 

- Vous n’allez pas recommencer tous les deux, s’écria Fleur de Lune.

La Fée éclata de rire et dit :

- Je te demande pardon. Alors raconte… 

- Je vous ai déjà dit que  ma fiancée est la cousine de la couturière deTadoussac… 

-  Et alors ? demanda Fleur de Lune, impatiente d’en savoir plus. 

- La jolie Marie, votre couturière, a perdu son père très tôt. Comme vous le savez peut-être déjà, elle est née du mariage d’une fille de Sagamo avec un riche marchand de Brouage.

- Toujours à la pointe de la connaissance notre petite Fleur de Lune. Bravo ! s’exclama le Chat. Comment sais-tu tant de choses ? 

- J’écoute M. de Champlain ! répondit la fillette.

- C’est bien. Maintenant, si tu le permets, je vais continuer, dit le Chat … Quelques années plus tard, le marchand, père de Marie,  fut assassiné. Son épouse,  folle de chagrin, se jeta du haut d’une falaise. Certaines mauvaises langues disent que ce seraient des Iroquois, ennemis du grand-père de Marie et de ma fiancée, qui auraient fait le coup 

- Si je comprends bien, dit Fleur de Lune, c’est toujours la faute des Iroquois. C’est sûrement bien pratique pour tous ceux qui veulent faire du mal impunément où se venger de quelqu’un. 

- Tu as raison, continua le Chat. Mais revenons-en à notre jolie couturière. Son père se savait en danger depuis longtemps. Il avait donc demandé à son ami Dugas de Monts de s’occuper de sa famille en cas de malheur. Ce dernier a tenu sa promesse. Après la mort du marchand, il a ramené Marie en France car il craignait que la famille indienne ne réclame la petite orpheline,  alors  âgée de cinq ans.

 Elle fut élevée à Brouage comme une Européenne. Quand sa grand-mère mourut elle avait vingt ans. Les autres membres de la famille, la considéraient comme  une étrangère, une « demi sauvage ». Pour ces riches bourgeois pleins d’idées toutes faites sur tout et en particulier sur les gens du Nouveau Monde, elle était infréquentable… Elle  choisit donc de retourner dans le pays de sa mère.

- Elle n’a vraiment pas eu de chance, constata Fleur de Lune, je comprends maintenant pourquoi elle a toujours l’air triste. 

- Ce n’est pas tout…  continua le Chat. Marie partit sur le bateau de Dugas de Monts, lors de son premier voyage pour la Nouvelle-France, en 1600 et… vous n’allez pas en croire vos oreilles… sur le bateau, elle a rencontré … 



 A suivre…

Qui Marie a-t-elle rencontré sur le bateau ?

Quelles nouvelles révélations le Chat va-t-il faire à ses amies ?



Y a-t-il encore de nouveaux secrets à découvrir ?



Vous aurez peut-être la réponse à ces questions dans les prochaines nouvelles du large...



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