Dix-neuvième épisode - Au pays de Maïkan le sorcier


Résumé de l'épisode précédent :

Le Chat raconte à Fleur de Lune qu’après s’être transformé en Montagnais, il était resté un moment dans son coinjusqu’à ce qu’ une ravissante jeune Indienne vienne le chercher. Ils ont sympathisé et à sa grande surprise il s’est rendu compte qu’il parlait montagnais comme s’il était né ici. Et quand la jeune fille lui a demande ce qu’il était venu faire, il a prétendu être chargé d’une mission confidentielle par M. de Champlain. En en, tendant ce récit, Fleur de Lune s’inquiète du risque que prend, son ami le Chat mais celui-ci la rassure, la rassure, tout ira bien ! Pendant qu’il retourne voir sa jolie Montagnaise, Jean invite Fleur de Lune à danser. Et il vont danser une bonne partie de la nuit. Une nuit qui ne devrait jamais finir…


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Une fois rentrée dans la tente, Fleur de Lune se coucha sur les peaux de bêtes qui leur servaient de lit. Elle aurait voulu interroger sa marraine au sujet de sa longue entrevue avec le Grand Sagamo. Mais la fatigue eut raison de sa curiosité et elle s’endormit toute habillée.

La Fée rentrant à son tour n’eut pas le courage de la réveiller. Epuisée par cette longue journée, elle s’allongea à côté de la fillette et le sommeil ne tarda pas à venir la prendre elle aussi.

Le Chat rentra le dernier. L’aube avait pointé depuis longtemps le bout de son nez rose et ocre. Il avait tellement dansé, tellement mangé et… tellement bu… qu’il était éreinté. Et… il avait  le cœur si plein d’amour.

Il tomba sur sa couche, comme une masse,  sans réaliser qu’il allait dormir sur les peaux de pauvres animaux, des chats sauvages par exemple !...

Il avait complètement oublié qu’il était un chat et ne pensa donc pas à se retransformer avant de s’endormir.

Il rêva qu’il se mariait avec la ravissante Uapicuan et devenait  Grand Chef  à son tour, sous le nom de Grand  « Chagamo »  de la nation montagnaise ! Il partait faire la guerre contre les Iroquois. Il retrouvait Guillaume, lui-même Grand Chef de la nation iroquoise, dans un combat singulier. Ils avaient pris cette décision d’un commun accord  afin d’épargner les vies de leurs  vaillants guerriers.

Le Chat  était  justement en train de se demander  qui, de lui ou de Guillaume, accrocherait la tête de l’autre à l’arrière de sa ceinture. C’est une pratique en cours chez tous les guerriers autochtones, ils se font des jolies ceintures ornées des  têtes de leurs ennemis morts. Comme le Chat était devenu montagnais dans l’âme, cela ne le choquait même plus.  Il se voyait fêtant sa victoire entouré de ses vaillants guerriers et dansant pendant des semaines sur des  ho ! ho ! ho !... Quand il fut réveillé par la voix angoissée de Fleur de Lune  :

- Marraine, il y a un Indien dans notre tente ! 

 - Et alors, tu ne reconnais pas ce beau jeune homme ? demanda la Fée en riant.

- Mais c’est le Chat ! s’écria la fillette en riant à son tour, heureusement que personne n’est encore venu nous chercher.

- Eh  bien, le Chat, tu as oublié de disparaître ? demanda la Fée en le secouant gentiment.  As-tu l’intention de revoir ta belle Indienne pour être resté ainsi déguisé ?

- D’abord je ne suis pas déguisé, je suis dans mon costume traditionnel et je serai bien obligé de la revoir, répondit le Chat en prenant un air mystérieux. 

- Tiens ! comme c’est bizarre, dit la Fée gentiment moqueuse et pourquoi donc serais-tu  obligé  ? 

- Parce que j’ai déjà appris  beaucoup de choses en parlant avec elle, répondit-il, et qu’elle ne m’a pas tout dit… Je parle de choses qui concernent notre mission bien sûr.

- Et quelles choses ? demanda Fleur de Lune qui s’impatientait déjà. Tu ne vas  quand même pas nous jouer l’Indien qui palabre en t’arrêtant une heure toutes les deux phrases. 

- D’abord ce n’est pas une heure, dit gravement le Chat. Nous réfléchissons, nous ne disons rien à la légère et nous avons le respect de celui qui nous écoute, et qui doit réfléchir à son tour à ce que nous venons de dire. 

- Mais tu n’es pas un Amérindien, tu es un Chat s’exclama Fleur de lune que le comportement du Chat inquiétait de plus en plus. Réveille-toi, tu es notre ami le Chat Botté. 

- Rien n’est moins sûr, répondit le Chat. 

- Tu ne vas nous faire un dédoublement de personnalité, j’espère, dit la Fée qui commençait à trouver cette attitude bizarre de la part du Chat, si fier d’habitude d’être le Chat Botté.

- Je vous vois venir avec vos gros souliers, la Fée, dit le Chat l’air buté. Je ne joue pas ! Cette nuit j’ai découvert que j’ai toujours été un Montagnais. On m’a sûrement un jour transformé en Chat, mais certainement pas le contraire. Je parle la langue de mon peuple, je connais toutes les coutumes, tous les rites, tous les chants, toutes les danses, comment expliquez-vous cela ? 

- Il est vrai que c’est peu fréquent, reconnut la Fée, mais cela arrive lors de transformations parfaitement réussies. Ecoute-moi bien,  que tu sois l’un ou l’autre ne change pas grand-chose à la situation présente… 

 Puis elle continua à voix basse…

-  Les murs ont des oreilles, je vous le répète, surtout quand ce ne sont pas des murs. Si tu as appris quelque chose au sujet de Guillaume, dis-le-nous vite, car dans très peu de temps, on viendra nous chercher et nous ne pourrons à nouveau plus parler. Je crains qu’on nous espionne, ce Maikan, prétendument chaman, ne me dit rien qui vaille. Il semble qu’il tienne ici tout le monde sous sa coupe. 

- Ma fiancée s’appelle Uapicuan, annonça le Chat, ce qui veut dire : Fleur ! Ca ne vous rappelle rien ? Elle est la fille du Grand Sagamo Anadabijou, mais elle n’est pas que cela. Elle est aussi la cousine de quelqu’un que vous connaissez bien… 

- Nous n’avons pas vraiment le temps de jouer aux devinettes, dit alors la Fée qui commençait de perdre patience. 

- Je vous croyais plus perspicace, lança le Chat. Ma fiancée est la cousine de ?...

Après un moment, voyant que ni Fleur de Lune, ni la Fée n’avaient l’air de trouver, il dit fièrement :

- Uapicuan est la cousine de Marie votre couturière  de Tadoussac, voyons !

-Tu m’en diras tant, dit la Fée, et qu’as-tu appris sur elle ?

- J’ai appris des choses extrêmement intéressantes… Commença le Chat… 

Il fut interrompu par un bruit de voix et on entendit des pas qui se rapprochaient de la tente. Enfin  conscient du danger, il prononça la formule magique et disparut au même  instant.

-  Décidemment, dit Fleur de Lune déçue, je ne saurai jamais rien de ce qui se passe. C’est mon histoire quand même ! J’ai l’impression que vous le faites tous exprès. 

- Ce n’est pas le moment de ronchonner, dit la Fée à voix basse. J’ai l’impression que Maikan, le sorcier, s’intéresse d’un peu trop près à mes potions et à mes soi-disant talents de guérisseuse. On le dirait jaloux, mais c’est peut-être aussi un prétexte pour en savoir plus sur ce que nous sommes venus faire ici. Il va falloir être très prudents, je ne dirais pas qu’il a l’intention de nous tuer mais quelque chose me dit qu’il ne nous veut pas que du bien et aussi qu’on dérange un certains nombre de gens.

Muashkuss, le truchement, interrompit leur conversation  en entrant dans la tente. Fleur de Lune fit  un effort surhumain pour sourire et avoir l’air détendue, mais le cœur n’y était pas !

- Le Grand Sagamo, dit Muashkuss, m’a chargé de vous prier de l’excuser,  il a dû partir dès l’aube sur le sentier de la guerre. Nous avons de nouveaux problèmes avec les Iroquois. M. de Champlain demande si vous êtes prêtes, car le village où nous allons est assez éloigné. 

- Il peut venir nous chercher dans un petit quart d’heure,  dit la Fée. 



 A suivre…

Qui est vraiment le Chat, Chat Botté ou Montagnais ?

Quel vilain tour Maikan peut-il bien vouloir jouer à nos amis ?


Trouveront-ils le jeune coureur des bois dans le prochain village ?



Vous aurez peut-être la réponse à ces questions dans les prochaines nouvelles du large...



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