Dix-huitième épisode - Au pays de Maïkan le sorcier


Résumé de l'épisode précédent :

Fleur de Lune découvre la tente qui leur est réservée. Elle n’a plus envie d’aller à la « tabagie » nom qu’on donne au festin. Mais sa marraine la convainc d’y aller. Et elle participe à la fête avec enthousiasme. Il y a un repas énorme, autour de gros chaudrons et ensuite elle assiste à des danses puis à la transe du sorcier. Elle le trouve très effrayant et décide de s’en méfier plus encore. Un beau et jeune Montagnais vient lui parler… c’est le Chat qui s’est transformé pour la soirée… Et oh ! surprise il lui annonce qu’il a trouvé une fiancée !


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Le  Chat raconta à Fleur de Lune, qu’après s’être transformé en Indien, il était resté un certain temps à l’écart. Il avait très peur de se faire remarquer.

Mais au bout d’un moment,  une jeune fille  qui le regardait de loin,  était venue le chercher.. Elle lui avait parlé en montagnais et à sa plus grande surprise il avait tout compris.

Elle lui avait dit qu’elle le trouvait beau et lui avait demandé qui il était. Plus surprenant encore, il s’était entendu  répondre :

- Je suis ici pour rencontrer M. de Champlain.

Décidemment il ne cesserait jamais de s’étonner lui-même, il venait de répondre en montagnais. Pas un charabia de Blanc, non, on aurait juré qu’il s’agissait de sa langue maternelle ! 

Alors, la belle jeune fille, qui s’appelait Uapicuan, l’avait invité  à s’asseoir à côté d’elle. Il n’était pas question de de refuser, ne serait-ce que par politesse, d’autant plus que Uapicuan veut dire fleur en montagnais. Comme quoi il n’y a pas de hasard !

Il n’avait d’ailleurs pas été étonné du comportement de la jeune fille. On aurait dit qu’il la connaissait depuis toujours.

 Chez les montagnais, à cette époque, les filles étaient très libres jusqu’à leur mariage. Elles choisissaient les jeunes gens qui leur plaisaient. De même qu’elles choisiraient plus tard leur époux parmi eux. En revanche, une fois mariées, c’était  une autre affaire ! Finie la liberté, on s’épousait pour la vie et les maris étaient très jaloux. On ne pouvait   divorcer   que si le couple n’arrivait pas à avoir d’enfants.

De toute façon le Chat se dit qu’il n’attendrait pas d’être marié pour être jaloux et que des enfants,  s’il ne tenait qu’à lui, il en aurait beaucoup !

- Tout ça c’est bien joli, dit Fleur de Lune que le comportement bizarre de son ami le Chat commençait à inquiéter,  mais si ta jolie fiancée se renseigne, elle apprendra que tu as menti. Tu n’as pas rendez-vous avec M. de Champlain, s’il te plaît ne te mets pas, une fois de plus, dans une situation impossible. 

- Tu n’as pas tort, remarqua le Chat soudain grave, mais j’ai été pris de court. Ne t’inquiète pas petite Fleur, je vais bien trouver quelque chose. En tout cas, motus et bouche cousue. Tu ne dis rien à la Fée pour le moment ! Je dois te quitter tu vois bien que ma « fiancée » m’appelle.  

Fleur de lune aperçut alors, à l’autre bout de la tente une ravissante jeune fille qui faisait de grands signes et qui lui souriait. Peut-être que les autochtones ne connaissaient pas la jalousie ?

Le Chat ou plutôt le jeune Montagnais, le visage radieux partit rejoindre sa belle, et la fillette retourna s’asseoir auprès de sa marraine et de Jean.

  - Attention petite sœur, cet Indiens est fort joli garçon,  lui dit malicieusement le jeune homme. Peut-être  vous marierez-vous plus tard avec un Grand Sagamo ? 

Fleur de Lune se rembrunit, et lui jeta un regard noir…

C’est avec lui qu’elle avait décidé de se marier et avec personne d’autre. Il ne comprendrait jamais rien !

Jean qui n’avait pas voulu la vexer, l’invita à danser pour se faire pardonner. Elle ne se le fit pas dire deux fois, et  sa mauvaise humeur oubliée, elle s’envola rejoindre les danseurs autour du grand feu pour ne plus toucher terre, enfin presque !...

C’était mieux que dans un rêve, parce que c’était vrai… elle souhaita alors que la nuit ne finisse jamais. Hélas !...  A une heure qu’on n’ose même plus dire, la Fée emmena Fleur de Lune se coucher tandis que la fête continuait de plus belle.

C’était le première fois que la fillette veillait si longtemps.  Sa marraine avait  juste fait semblant d’oublier l’heure pour la laisser vivre pleinement ce moment exceptionnel.

Quant au Chat, il mangea comme un ogre et dansa toutes les danses indiennes. Il participa aux chants, qu’il connaissait aussi comme s’il les avait appris depuis l’enfance.

 La jeune Uapic

uan le dévorait des yeux et il arriva ce qui devait arriver. Notre ami le Chat devenu Montagnais, à la fin de la soirée était follement  amoureux de la jolie Uapicuan et la jolie Montagnaise était follement  amoureuse de ce beau jeune homme qui avait tous les talents.

Pour le Chat c’était la première fois ! Quand aurait-il eu le temps de tomber amoureux ? Il n’avait fait  que courir partout pour le plaisir de son maître depuis des centaines d’années ! Il s’aperçut alors qu’il avait oublié d’avoir une vraie vie, une vie à lui…

Peu avant les premières lueurs de l’aube, il expliqua à la jeune fille qu’il était obligé de partir car il était chargé d’une mission très importante par M. de Champlain.

- Ce sera notre secret, lui dit-il en la prenant dans ses bras une dernière fois. S’il savait que je t’en ai parlé il ne me ferait plus jamais confiance. Je suis là ce soir  incognito, même les autres membres de cette expédition ne savent rien de ma présence ici, d’ailleurs ils ne me connaissent pas. 

Il faut dire que le Chat avait trouvé une façon intelligente de reculer le danger et peut-être même de l’éviter. La jeune fille n’irait pas  interroger M. de Champlain puisque cela devait rester secret et qu’elle ne voudrait pas faire de tort au jeune homme. L’amour fait faire d’étranges choses, il paraît même qu’il donne des ailes ! Un Chat avec des ailes voilà qui serait amusant.

Ce fut pour Fleur de Lune comme pour le Chat,  une nuit merveilleuse, une de ces nuits qui ne devraient jamais se terminer.

Hélas tout à une fin, paraît-il. Pourtant, bien qu’elle soit morte de fatigue, la fillette  serait bien restée jusqu’au matin.

Tout était tellement irréel. Elle avait adoré la fête bien sûr, les wigwams, les montagnes alentour et  ce village au bord du fleuve, paisible et mystérieux … Elle s’y était tout de suite sentie chez elle. Rien ne lui avait semblé ni hostile, ni étranger, à part Maikan, le sorcier. Elle avait même eu l’étrange impression d’être  enfin revenue  dans un lieu qu’elle avait toujours connu, un lieu presque attendu.



 A suivre…

Comment le Chat va-t-il se sortir de la situation où il s’est mis par rapport à Uapicuan ?

Quelle surprise les attend dans le second village montagnais ?



Vont-ils enfin retrouver la trace de Guillaume ?



Vous aurez peut-être la réponse à ces questions dans les prochaines nouvelles du large...



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