Dix-septième épisode - Au pays de Maïkan le sorcier


Résumé de l'épisode précédent :

Maikan le sorcier explique à Etienne Brûlé comment les Indiens se relient avec la nature et les esprits bons et mauvais. Il propose ensuite à nos amis de participer à une « suerie » sorte de sauna dans le but de chasser les maladies et les mauvais esprits (qui les colportent). Cérémonie que l’on fait principalement quand il y a un malade dans le village. Fleur de Lune accepte de faire l’expérience et se demande si Maikan est aussi mauvais qu’elle le croyait ?


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Après avoir repris ses esprits et remercié Maikan, la petite  troupe se mit en route vers les tentes où ils devaient passer la nuit.

Dans celle qui lui fut désignée,  Fleur de Lune retrouva  la Fée. Celle-ci,  lui rappela que le Grand Sagamo les avaient tous invités à des réjouissances en leur honneur. Il paraît que cela s’appelle une Tabagie ce qui veut dire en quelque sorte un festin. Tout en se préparant pour l’invitation Fleur de Lune tenta d’interroger sa marraine.

- Que vous a dit le Grand Sagamo ? 

- Chut ! répondit la Fée à voix basse. Tout ce que j’ai appris doit rester secret.  Mais nous n’avons plus le temps, ma chérie, je suis désolée, Nous devons être à l’heure, c’est la moindre des politesses. 

La fillette était si fatiguée qu’elle n’avait plus envie d’aller à la fête. Elle s’apprêtait à inventer un quelconque malaise pour rester dans le tipi. Malheureusement pour elle, sa marraine avait comme d’habitude saisi  ses pensées intérieures.

- Ce serait stupide ma chérie, intervint-elle.  Si tu faisais une chose pareille, tu  le  regretterais amèrement. En inventant un malaise d’abord tu mentirais et plus grave encore tu te conduirais grossièrement vis-à-vis de nos hôtes qui nous font l’honneur de nous recevoir. 

Décidemment que ce soit la fée, le Chat ou le sorcier, Fleur de Lune se dit qu’elle n’avait plus le droit de penser ce qu’elle voulait, sans que qu’on vienne s’immiscer dans les  ses pensées. Heureusement que M. de Champlain, Jean et tous les autres n’avaient pas ce don car la vie serait devenue un enfer!

Fleur de Lune se prépara donc sans enthousiasme pour la fête. Elle revêtit la jolie tunique que Marie lui avait faite et se para de tous les colliers et matachias donnés par l’épouse du Grand Sagamo. Mais à sa grande surprise,  une fois arrivée  sur le lieu où se tenait le festin,  elle oublia toutes ses réticences.

 

A l’intérieur d’une très grande tente, il y avait huit ou dix grands chaudrons avec chacun leur feu. Ils étaient éloignés les uns des autres pour permettre aux convives de s’asseoir  des deux cotés de la tente. Dans les chaudrons il y avait les viandes que les Indiens mangent d’ordinaire : de l’orignac, de l’ours, du loup marin et des castors, mais aussi du petit gibier en quantité.

Chacun mangeait dans son écuelle d’écorce d’arbre et lorsque la viande fut cuite on en donna à chacun la même part.

C’est une règle de vie chez les autochtones que de partager tout ce qu’on a, jusqu’au dernier morceau. Quand il y a beaucoup on mange tous beaucoup et quand il n’y a plus grand-chose on mange peu. C’est ainsi que Fleur de Lune l’avait compris et c’était comme cela qu’il fallait le comprendre.

La Fée, Monsieur de Champlain, Jean, le jeune Etienne Brûlé, le capitaine Testu et Fleur de Lune s’assirent par terre. Ils étaient invités  à la table  ou plutôt  au chaudron  du Grand Sagamo !

La viande était délicieuse. Fleur de Lune fit honneur au festin, mais elle trouva que ce n’était pas très agréable de manger avec les doigts. En revanche, elle fut incapable de faire comme  ses voisins qui se nettoyaient  du gras resté sur leurs mains en se passant les doigts dans les cheveux ou en s’essuyant sur les chiens qui ne les quittent jamais.

Le feu illuminait la nuit et les danseurs ressemblaient à des ombres chinoises. C’était magique. Toutefois,  la transe de Maikan déguisé cette fois en sorcier traditionnel,  ne plut pas du tout à Fleur de Lune. Elle le trouva terrifiant avec ses grigris, ses colliers, son horrible masque et sa longue peau de bête sur le dos.

- Je suis sûr que c’est l’Homme en noir de la taverne, dit une voix juste derrière elle. 

Quand elle se retourna elle vit un jeune Indien qui lui souriait. Il était  très beau.

- Tu ne me reconnais pas ? dit le jeune homme, avec un sourire éblouissant. 

- Je suis désolée, je ne peux pas vous reconnaître, je ne vous ai encore jamais vu… bredouilla Fleur de Lune qui trouvait que cette voix lui rappelait quelqu’un, mais qui ? 

- Alors c’est que ma transformation est réussie, dit le jeune Indien, même ma voix est changée, les fées ont des pouvoirs incroyables, tu ne trouves pas ?

Fleur de lune comprit alors que ce jeune homme  n’était autre que son ami le Chat. Cette fois-ci, il s’était souvenu sans problème de la formule magique que la Fée lui avait confiée. Il avait pour la circonstance choisi de se transformer en Montagnais pour participer pleinement à la fête. Il paraissait d’ailleurs, très satisfait de sa soirée.

Fleur de Lune  lui sauta au cou, ce qui étonna un peu Jean et M. de Champlain  qui regardaient tous deux la scène avec attendrissement. Ils mirent cette familiarité sur le compte du caractère enthousiaste et facilement amical de la fillette. 

- Que me disais-tu  au sujet du sorcier ? demanda-t-elle en entraînant le jeune Indien, alias le Chat, un peu à l’écart. 

- Je te disais que ce sorcier n’est autre  que l’Homme en noir de la taverne, j’en mettrais ma patte à couper ! dit le Chat à voix basse. 

- Cela ne m’étonnerait pas, dit Fleur de Lune,  nous devrions nous en méfier, je le crois capable de tout. 

- Je le pense aussi, fais bien attention. A plus tard,  je vais rejoindre ma fiancée, dit le Chat joyeusement, elle doit se languir de moi. 

- Parce que tu as déjà une fiancée ? Tu m’en diras tant ! A quand les noces ?  Demanda Fleur de Lune taquine. 

- Moque-toi donc, rétorqua le Chat.

Comme d’habitude, il avait du mal à comprendre la plaisanterie, mais de bonne humeur il décida d’en rire  :

- J’ai bien le droit moi aussi d’être amoureux ? lança-t-il. 

 Fleur de Lune ne releva pas l’allusion.

- Raconte-moi tout, dit-elle curieuse. 



*voir le conte : Fleur de Lune et la plante magique



 A suivre…

Qui est la jeune Montagnaise dont le Chat est tombé amoureux ?

Lui révélera-t-elle des secrets importants ?



Comment va-t-il faire pour être le Chat Botté, le chat du bord et un jeune Montagnais ?



Vous aurez peut-être la réponse à ces questions dans les prochaines nouvelles du large...



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