| Résumé de l'épisode précédent : |
Maikan le sorcier, après un silence, dit d’un ton doucereux : - Cher monsieur de Champlain, avez-vous déjà assisté à une suerie ? - Bien sûr, j’y ai même participé, une fois où j’étais très souffrant, répondit M. de Champlain. - Nous avons un malade dans le village, nous allons tenter de le guérir. Si vous le désirez vous serez nos invités. Ce rite est purificateur et ne peut faire de mal à personne, pas même aux enfants, dit Maïkan en fixant une nouvelle fois Fleur de Lune de son regard perçant. - Je croyais que ces cérémonies servaient à s’assurer une bonne chasse ? dit le jeune Etienne Brûlé que tout cela intéressait au plus haut point. - Cela sert à apaiser les esprits quels qu’ils soient, les mauvais qui attaquent le malade ou les bons, ceux qui habitent les animaux que nous allons tuer. Nous devons nous mettre en paix avec eux. Pour nous tout est sacré : le moindre caillou, le moindre brin d’herbe, le moindre souffle de vent. Nous considérons le Tonnerre par exemple, comme un animal qui mange des serpents et des arbres. C’est notre façon de respecter Notre Mère - J’ai appris déjà beaucoup de choses avec M. de Champlain, dit modestement Etienne Brûlé, mais je suis heureux d’en savoir encore plus aujourd’hui, grâce à tout ce que vous venez de nous dire. - Vous n’êtes pas au bout de vos peines, dit Maikan qui s’était radouci, face à la bonne volonté du jeune homme. Vous aurez beaucoup de choses à apprendre certes, mais plus encore à comprendre pour devenir des nôtres ! C’est votre plus cher désir, n’est-ce pas ? - Comment le savez-vous ? demanda le jeune garçon étonné et un peu effrayé. - Je suis un sorcier comme vous dites en France, ici on dit chaman ! La fillette trouva que ce vilain bonhomme était bien loin de ressembler au chaman rencontré au pays des Inuits*. Celui qu’elle connaissait avait un beau visage tranquille et chaleureux alors que Maikan avait l’air sournois et méchant Elle se promit de se méfier de lui à l’avenir. - Tu ne crois pas si bien dire petite fille, pensa Maikan en regardant Fleur de Lune dans les yeux. La fillette comprit à la manière dont l’homme la fixait qu’il avait lui aussi le pouvoir de capter les pensées autour de lui et celles de Fleur de Lune en particulier. Elle se jura de lui faire barrage de toute sa volonté. La petite troupe suivit le sorcier qui les guida jusqu’à une tente en forme de dôme où devait se pratiquer la cérémonie de la suerie. Le malade pénétra sous la conduite de Maikan, puis entrèrent M. de Champlain, Jean, le capitaine Tetsu, Etienne Brûlé et son ami Muashkuss, le truchement, puis enfin, Fleur de Lune dont la curiosité fut plus forte que la peur inspirée par le sorcier. - Vous avez beaucoup de chance petite fille, dit-il à Fleur de Lune, pour un peu vous n’auriez pas pu entrer, il ne doit pas y avoir plus de huit participants. Après un long moment de silence, la cérémonie commença. Des pierres, précédemment chauffées sur un feu à l’extérieur, furent posées dans le cercle sacré au centre de la tente. Puis un des anciens du village vint les asperger d’eau. Une vapeur chaude envahit l’atmosphère, pendant que Maikan chantait pour les esprits. Cela dura un certain temps. Fleur de Lune se mit bientôt à transpirer comme tous les participants et en même temps, elle sentit une paix bienfaisante l’envahir. Qui était cet homme qui pouvait ainsi apaiser les esprits des vivants ? Fleur de Lune ne savait plus ce qu’il fallait penser de lui. Quant à la suerie cela lui rappela beaucoup le sauna, où allaient ses parents. Quand elle serait revenue de son étrange voyage, elle leur conseillerait d’apprendre des chants amérindiens pour chasser les mauvais esprits et les chanter à chaque fois qu’ils s’y rendraient ! *voir le conte : Fleur de Lune et la plante magique
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