| Résumé de l'épisode précédent : |
La silhouette qui terrorisait le Chat était celle de l’homme de la taverne, l’Homme en noir !... Mais, que faisait-il donc dans ce village ? Ca commençait plutôt mal pour notre ami le Chat ! - Vous voyez cet homme qui se dirige vers nous, c’est la personne la plus influente de tout le village, dit Muashkuss, le truchement. - Plus que le Chef ? demanda Fleur de Lune. - C’est autre chose, mais c’est souvent lui qui décide au travers de ses prédictions, répondit-il. - C’est un voyant ? demanda Fleur de Lune très intéressée. - Ici on dit sorcier ou chaman corrigea Muashkuss. Son nom est Maikan ce qui veut dire loup dans notre langue. - Je ne savais pas que c’était la même chose. Il doit être en chaman en ce moment, dit Fleur de Lune un peu déçue, sinon il aurait un vrai costume de sorcier avec un masque terrifiant. - Vous en savez des choses mademoiselle Isabelle, s’étonna gentiment Muashkuss. Pour nous chaman et sorcier c’est la même chose. Pour le costume et le masque vous avez raison, mais il le porte seulement pour les fêtes et les cérémonies. Le Chat toujours recroquevillé sur lui-même pensa que même sans son masque cet homme vous donnait froid dans le dos. Que se passerait-il donc s’il était capable de le voir, malgré son invisibilité, comme la Fée par exemple? C’était un sorcier, oui ou non ? Et si oui, tout était à craindre. Tout au plus pouvait-on espérer que celui qu’il continuait d’appeler l’Homme en noir ne fasse pas le rapprochement entre ce banal matou blanc et l’élégant Chat Botté ! Mais ne se poserait-il pas la question de savoir pourquoi on avait cru nécessaire de rendre invisible un vulgaire chat de gouttière !... De déductions en déductions, cela pouvait aller jusqu’au drame. Quelle horreur ! Il fallait absolument prévenir la Fée. Mais celle-ci venait de partir pour un entretien privé avec le Grand Sagamo Anadabijou et il était trop tard pour l’appeler. Plus Maikan le sorcier approchait, plus on pouvait voir ses petits yeux perçants… Son vrai visage était presque plus inquiétant que le masque de l’autre soir. Il n’y avait plus de doute c’était bien le visage du Diable. Le Chat eut soudain l’impression de revivre au ralenti la scène de l’autre soir, à la sortie de la taverne. Et quand l’homme s’approcha de Fleur de Lune, il crut s’évanouir de peur. - Que le Grand Esprit Gitchi Manitou vous protège et vous accueille dans notre tribu, dit MaIkan d’un ton mielleux, qui ne plut pas du tout au Chat. Il parlait français sans accent, comme s’il avait vécu en France très longtemps. Le Chat pensa que ce serait peut-être bien d’en savoir plus à ce sujet ! - Que voilà un joli costume mademoiselle ! dit alors le sorcier à l’adresse de Fleur de Lune avec un sourire encore plus inquiétant que l’air revêche qu’il avait tout à l’heure. On vous prendrait presque pour l’une des nôtres si ce n’était vos cheveux d’or. - C’est Marie, la couturière de Tadoussac qui me l’a cousu, s’empressa de dire la fillette. - Tiens donc, Marie, la couturière de Tadoussac, dit le sorcier en prenant un air mystérieux, je la connais bien… charmante jeune femme… Apparemment, l’homme ne voyait pas le Chat et il ne semblait pas non plus sentir sa présence. Celui-ci se dit alors qu’il l’avait échappé belle et que cet homme avait des dons peut-être plus limités qu’on aurait pu le croire. Il en conclut que les fées étaient d’une grande utilité et que leurs sortilèges étaient très efficaces puisque même un sorcier chaman s’y laissait prendre. - Si ça continue je serais aussi célèbre que l’homme invisible, se dit-il en riant sous cape. -Vous connaissiez bien notre couturière ? interrogea Fleur de Lune qui, en l’absence de la Fée, se dit qu’il fallait sauter sur cette occasion pour en savoir plus. - Oui, très bien, dit Maikan l’air rusé, mais les affaires des grandes personnes ne regardent pas les petites filles. Fleur de Lune devint écarlate. Elle en voulait au sorcier de l’avoir rabaissée devant son ami Jean. Heureusement, ce dernier vint à son secours : - Ma petite sœur, ne voulait qu’en savoir un peu plus sur cette jeune femme qu’elle admire pour son talent et sa beauté, précisa-t-il à l’adresse du sorcier. Elle n’a pas voulu être indiscrète, j’en suis sûr. - Peut-être, mais chez nous, les enfants savent rester à leur place, répondit Maikan d’une voix coupante en lançant à Fleur de Lune un de ces regards qui vous glacent jusqu’au fond de l’âme. - La vie de Marie la jeune couturière comporte-t-elle un secret si honteux qu’on ne puisse en parler devant une enfant ? interrogea Jean. Fleur de Lune était terriblement vexée, et pour couronner le tout, son ami Jean qui pourtant la défendait, la traitait d’enfant, lui aussi. Avec cette question Jean avait certainement touché un point sensible, car Maikan grimaça un rictus qui aurait pu passer pour un sourire, si la dureté de son regard ne l’avait démenti. Après un moment de réflexion, il dit : - Il n’est pas de secret qu’un bon chaman ne soit capable de découvrir, mes chers amis. Mais je ne voudrais pas vous retarder dans la visite de notre village si typique pour les Européens que vous êtes. Je suis sûr que la petite demoiselle serait ravie d’en savoir plus sur nos coutumes. A condition qu’elle soit capable de se taire et d’écouter avec le respect dû à mon âge et à ma situation. Il attendait manifestement un signe de révolte de Fleur de Lune. Mais il en fut pour ses frais. La fillette ne voulut pas lui donner ce plaisir et baissa la tête comme les enfants sages des vieux livres de la bibliothèque. Elle n’en pensait pas moins, mais elle savait qu’elle n’aurait pas le dernier mot. Se souvenant de sa première impression, elle comprit qu’elle avait devant elle l’être le plus pervers et le plus dangereux qu’on puisse rencontrer. Elle se blottit contre Jean bien décidée à ne plus intervenir. A suivre…
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