Treizième épisode - Au pays de Maïkan le sorcier


Résumé de l'épisode précédent :

Le Chat trouve la cabine vide car la Fée et Fleur de Lune sont parties chez la couturière. Il s’endort et fait un horrible cauchemar où Dulac et l’homme en noir ne font qu’un et l’attache au poteau de torture… La Fée en rentrant le sort de ce vilain rêve et le retransforme en chat du bord… Elle lui parle de la couturière et ils se demandent tous les trois quel peut bien être son secret et si elle a connu Guillaume. Après avoir raconté sa soirée à la taverne le Chat apprend qu’il va accompagner ses deux amies dans l’expédition sur le Saguenay. Il sera, bien entendu, de nouveau invisible.


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Le jour du départ pour le Saguenay, Fleur de Lune fut, pour une fois, prête la première. Elle était tellement impatiente d’aller montrer à Jean son joli costume.

Marie lui avait confectionné une tunique de peau qui rappelait beaucoup celle des femmes indiennes avec une sorte de pantalon court, sans oublier un charmant bonnet, une besace assortie et de petites bottes de peau avec des lacets. Et s’il faisait un peu froid, là où elle devait se rendre,  elle pourrait ensuite choisir entre la cape de laine ou un manteau. La tenue de la Fée était sensiblement identique, mais la tunique était  plus longue pour respecter les usages de l’époque.

Le Chat de nouveau  invisible, souffla à l’oreille de Fleur de Lune :

- Vous êtes magnifiques toutes les deux. Je suis très fier de vous. 

Il eut alors l’impression que sa voix raisonnait comme le tonnerre. Heureusement ce n’était qu’une impression. Personne d’autre la Fée et Fleur de Lune ne l’avait entendu, tout marchait donc comme prévu. Il en fut rassuré, car pour tout dire, il n’en menait pas large.

- Ma petite sœur est une vraie gravure de nouvelle mode, dit Jean très admiratif. 

- Une nouvelle mode pour une Nouvelle-France, répondit finement Fleur de Lune. 

- Je me demande ce qu’en dirait la bonne société de la Cour, remarqua M. de Champlain qui ne savait pas bien ce qu’il fallait en penser. 

- La bonne société de la Cour aurait intérêt à dire que c’est une bonne idée et qu’on ne peut se promener en canot avec un col de dentelle, des colifichets, de lourdes jupes et des  jupons, lança la Fée, en riant. Allons !  Samuel, je ne vous reconnais pas. 

- C’est la première fois que je vois de tels vêtements sur une femme blanche, répondit ce dernier un peu gêné. Laissez-moi le temps de m’habituer. 

- Vous n’avez qu’à imaginer que je suis une Indienne, avait lancé la Fée sur un ton moqueur. Une autochtone qui lancerait une nouvelle mode, par exemple.  Une mode pour les Blancs, bien sûr, cela vous va-t-il mieux comme cela ?

Le capitaine ne sachant que répondre fit un sourire un peu crispé. Il avait beaucoup d’estime et d’amitié pour la Fée, mais il la trouvait quand même, parfois un peu originale.

En revanche, personne ne pouvait nier le talent de la couturière. Marie avait vraiment beaucoup de talent. Les vêtements qu’elle avait créés étaient ravissants et merveilleusement bien coupés... Pourquoi restait-elle dans ce petit port du bout du monde où rien n’avait l’air de la retenir, alors qu’elle aurait très bien pu faire fortune à Paris. Il faudrait bien un jour éclaircir tous ces mystères !

Au dernier essayage la Fée avait pourtant tenté une nouvelle fois de la faire sortir de sa réserve. Lorsqu’elle lui avait parlé de M. Hébertet le père d’Isabelle, et du souci qu’elles avaient toutes deux d’être  sans nouvelles de lui, la jeune femme avait aussitôt changé de conversation. Et quand on en était venu à parler de Guillaume, elle était devenue livide et  avait  trouvé un prétexte pour quitter la pièce un moment. Elle était revenue, quelques minutes plus tard, les yeux rouges et le visage fermé. Elle avait même ce jour-là raccourci la séance.

Le canot filait depuis le matin sur la rivière Saguenay très large par endroits. Il y avait un fort courant intensifié par  la marée. Tout au début,  ils avaient admiré ce que  M. de Champlain appelait « un grand saut ». C’est-à-dire une très haute chute aux eaux tourbillonnantes… Les berges étaient montagneuses avec des promontoires rocheux couverts de sapins et de bouleaux.  Il y avait aussi ça et là, quelques petites îles.

- Ce sont des terres inhospitalières, avait expliqué M. de Champlain,  des sortes de déserts. Quand j’ai voulu y chasser je n’y ai trouvé que quelques oiselets et autres oiseaux de rivière qui ne sont là qu’en été. L’hiver il n’y a rien, car il y fait un froid terrible. 

- Mais où sont les Indiens ? demanda Fleur de Lune. 

- Les « sauvages » cabanent non loin des berges, répondit M. de Champlain.  Vous avez dû voir, au passage, quelques-uns de leurs villages ?

Fleur de Lune avait beau être habituée à ce que tout le monde parle de  « Sauvages »  en parlant des Amérindiens, elle avait du mal à le supporter. Il en était de même pour les termes de  « cabanes » et « cabaner »,  pour parler de leurs habitations et de leurs villages. Pour elle il s’agissait de tipis ou wigwams. M. de Champlain employait sans doute les mêmes mots pour parler des longues maisons des Iroquois. Elle ne le montrait pas pour ne pas vexer M. de Champlain.

- Je voulais parler des Ilnus ou Montagnais qui vivent dans la région du Saguenay, précisa-t-elle quand même.  C’est bien dans un de leurs villages que nous allons n’est-ce pas ? 

- Vous êtes une parfaite élève et je suis chaque jour plus fier d’être votre professeur, dit M. de Champlain admiratif. Vous allez devenir un vrai puits de science !

Fleur de Lune, toute rose de fierté, ne sut que bredouiller :

- Avec un professeur aussi célèbre que vous, on ne peut que bien apprendre. 

- Merci pour la célébrité ! répondit M. de Champlain. Je me vois tout droit parti pour le péché d’orgueil. Mais revenons à votre question, nous nous rendons bien  dans un village montagnais. Nous y coucherons même ce soir. Nous autres Français les avons appelés Montagnais à cause de la situation montagneuse de la région où ils vivent. A ce propos savez-vous d’où vient le nom d’Ilnus ?

- Non, mais je serais heureuse de l’apprendre, répondit Fleur de Lune. 

- Il vient du mot montagnais  « ilnou »  qui veut dire  les hommes,  le peuple, ou encore  « Ne-o-no-il-no »  qui se traduit par  peuple parfait. Les Montagnais des environs de Tadoussac ont été les premiers à avoir eu contact avec les Blancs. 

- Je me souviens que vous nous avez expliqué qu’ils vivent de la chasse aux phoques et aux loups marins, ajouta Fleur de Lune fière de son savoir. 

- Exact, mais aussi de la pêche à l’anguille et à la morue ainsi que du ramassage des coquillages sur les berges. La tribu que nous allons rencontrer au bord du Saguenay s’appelle Porc-épic qui se dit Kakouchac en montagnais. Ils commercent avec les tribus de la côte, mais aussi avec celles de l’intérieur. Ils pratiquent l’échange.  

Le Chat, toujours invisible, s’était installé depuis le départ sur les genoux de Fleur de Lune et commençait à trouver la journée bien longue. Il avait envie de se dégourdir les pattes et de voir autre chose que des paysages. Le seul moment qui l’avait intéressé était celui où M. de Champlain avait parlé  des oiselets et autres oiseaux de rivière  … Notre brave Chat en avait eu l’eau à la gueule, mais il avait vite déchanté en entendant la suite. Il commençait à avoir mal au cœur, lui qui pourtant avait le pied marin et il était mort de peur à chaque chute et à chaque fois que le canot filait un peu trop vite au gré du courant. Pour tout dire, il attendait avec impatience l’arrivée au village indien, malgré son terrible cauchemar. Pourvu que ce ne soit pas un rêve prémonitoire !




 A suivre…

Combien de temps va prendre la descente de la rivière ?

Que vont-ils découvrir en arrivant dans le village montagnais ?



Le coureur des bois sera-t-il au rendez-vous ?



Vous aurez peut-être la réponse à ces questions dans les prochaines nouvelles du large...



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