| Résumé de l'épisode précédent : |
Quand le Chat arriva dans la cabine, elle était vide. La Fée et Fleur de Lune étaient déjà parties, chez la couturière, pour leur essayage journalier. Il se coucha donc sur le lit de la fillette pour attendre confortablement le retour de ses deux amies. Il ne tarda pas à s’endormir… Dans son sommeil, il fit un affreux cauchemar où l’immonde Duval et le terrifiant homme en noir ne faisaient qu’un ! Dans son rêve, ce monstre à deux têtes le ligotait au grand totem dont la tête sculptée ressemblait furieusement au masque que portait l’homme en noir sur le quai l’autre soir. Ensuite il le pendait et le saignait comme on le fait pour les porcs. Enfin il l’embrochait et le mettait à rôtir pendant des heures au dessus d’un feu de camp autour duquel dansaient des Indiens en folie, tandis qu’au loin résonnait la voix de la Fée qui disait : - Ce chat (Chat, non ?) a vraiment un caractère de cochon. Quand celle-ci le réveilla, il fut si heureux, qu’il en oublia sa rancune et lui sauta au cou. - Que je suis content d’en être sorti !... cria-t-il. - Sorti d’où, demandèrent en chœur la Fée et sa filleule ? - D’un épouvantable cauchemar, répondit le Chat. - Ah ! je croyais que tu parlais de ta soirée mémorable à la taverne, dit la Fée un peu moqueuse. Le Chat se rembrunit, comme il l’avait prévu, elle n’avait pas attendu longtemps pour le brancher sur le sujet difficile ! Il lui fallut donc se jeter à l’eau, expression totalement indigeste pour un chat ! A cet instant précis, il s’aperçut qu’il avait de nouveau un corps, un corps de chat ordinaire, certes, mais vu l’expérience qu’il venait de vivre, il en fut extrêmement satisfait. La Fée lui dit alors : - Comme tu es en train de le constater, j’en ai profité pour te rendre l’apparence sous laquelle tout le monde te connaît ici, j’espère que tu ne m’en voudras pas. - Non du tout, répondit le Chat faussement détaché. On verra plus tard pour les autres transformations. - Tu deviens très raisonnable, dit la Fée, je t’en félicite. - Je suis contente de te retrouver, tu sais, je m’inquiète toujours pour toi, dit à son tour Fleur de Lune en le prenant tendrement dans ses bras. S’il te plaît raconte-moi ce qui s’est passé à la taverne, ma marraine n’a rien voulu me dire. Le Chat se demanda s’il devait être reconnaissant à la Fée de sa discrétion ou si ce n’était pas un nouveau piège. Mais il s’exécuta de bonne grâce et raconta son aventure sans rien en cacher. - Bravo, pour la franchise, tu es en train de devenir un chat d’exception, dit la Fée sincèrement étonnée. - Si vous ne vous moquez pas de moi, une fois de plus, dit le Chat méfiant, votre compliment me va droit au cœur. Je suis parfois trop impulsif, je le reconnais et je viens de prendre une bonne leçon. - De mieux en mieux, applaudit la Fée. Je ne me moque pas du tout, je pense même que je t’ai sous-estimé. Mais, nous avons, nous aussi des choses à te raconter. Au sujet de la couturière, le Chat convint qu’il fallait absolument savoir qui était cette femme mystérieuse, si elle avait connu Guillaume et quelles avaient bien pu être, alors, leurs relations. A la fin de la conversation la Fée prit un air mystérieux et dit au Chat : - J’ai une surprise pour toi. - Dites-moi donc, dit le Chat un peu méfiant. - Je pense qu’il serait bon que tu viennes avec nous sur le Saguenay, il va y avoir du travail. Maintenant tu sais comment devenir invisible, et tu le seras pour tout le monde dans cette expédition, sauf pour moi. - Alors moi non plus, je ne le verrai pas ? demanda Fleur de Lune. - Je suis désolée, je n’en ai pas le droit, mais tu sentiras sa présence et tu pourras entendre sa voix. - Mais s’il parle, tout le monde l’entendra, dit la fillette. - Quand on est invisible on ne vous voit pas et on ne vous entend pas non plus, rectifia la Fée. - En tout cas, je suis votre homme, dit le Chat ravi. - C’est une façon de parler, dit la Fée en riant. - Je t’adore, dit en riant à son tour Fleur de Lune, est-ce que tu te rends compte mon Chat chéri, que nous allons chez les Indiens ? Se souvenant de son horrible cauchemar, le Chat hurla soudain : - Non, non pas les Indiens, je vous en supplie ! - Qu’est-ce qui t’arrive ? demanda Fleur de Lune, l’autre jour tu te réjouissais de les rencontrer. - Il y a… Il y a ce que j’ai vécu dans mon cauchemar, répondit le Chat en claquant des dents, cet affreux cauchemar. - D’abord tu ne l’as pas vécu, dit la Fée, tu l’as rêvé et ensuite, tu ne vas quand même pas faire comme les Indiens qui pensent qu’un rêve est un message et que cela va se réaliser ? - Pourquoi pas ? répondit le Chat, le regard sombre. Dans le fond, je ne suis plus très sûr d’avoir envie de vous accompagner. - Allons, calme-toi, tu es si courageux d’habitude, insista la Fée, et puis rassure-toi tu seras invisible les trois-quarts du temps. - Et le quatrième quart, demanda le Chat, il m’arrive quoi ? - Quelque transformation que nous ayons choisie pour toi, tu pourras redevenir invisible quand tu le jugeras nécessaire, répondit la Fée conciliante. - A condition que je retrouve la formule magique, dit le Chat peu convaincu. - Parlons-en de la formule magique, reprit la Fée avec un regard entendu, il est vrai qu’il ne faudra pas l’oublier cette fois, je ne serai pas toujours là. - Vous voyez, dit le Chat l’air lamentable. Puis se reprenant, il questionna la Fée, la regardant fièrement : - Vous avez bien dit que j’étais courageux d’habitude ? - Elle l’a dit, j’en suis témoin, confirma Fleur de Lune. - Alors je le serai, dit le Chat fermement, maintenant il est temps d’aller rassurer mon pauvre jeune cuistot et… de manger enfin, car j’ai très, très faim.
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