| Résumé de l'épisode précédent : |
Fleur de Lune était en admiration devant la beauté de la jeune femme et soudain elle eut peur que Jean ne tomba amoureux de la ravissante couturière... Elle rumina ces pensées terrifiantes pendant tout le chemin du retour, puis une fois montée sur le bateau, n’y tenant plus, elle interrogea le jeune homme pour voir comment il réagirait : - Notre couturière est vraiment très jolie, n’est-ce pas ? dit-elle en s’efforçant de prendre l’air détaché. - Certes, répondit Jean, mais je n’ai pas beaucoup d’attirance pour les femmes brunes, même très belles. D’autre part, ajouta-t-il en riant, elle doit avoir l’âge de ma sœur aînée qui a vingt-huit ans et je vais seulement en avoir dix-huit ! Puis-je savoir pourquoi vous me posez cette question, me chercheriez vous une fiancée, par hasard ? - Mais pas du tout, s’écria la fillette dont les yeux s’étaient emplis de larmes. - Que lui prend-il, interrogea Jean ? - N’essayez pas de comprendre les femmes, même en herbe, répondit la Fée gentiment moqueuse, ce serait trop difficile. Il ne faut pas s’inquiéter des humeurs de ma filleule, mais sachez quand même que votre réponse lui a fait le plus grand plaisir. - Pourquoi donc ? dit Jean interloqué… Puis comprenant l’allusion, il rougit légèrement, et un peu gêné dit : - Enfin, vous plaisantez, je crois bien que cela lui a passé depuis longtemps. Elle me considère maintenant, j’en suis sûre, simplement comme un grand frère. - Alors dites-vous qu’on peut être jalouse de son grand frère, conclut la Fée avec un petit sourire, avant de s’éloigner. Elle rencontra M. de Champlain sur le chemin de la cabine arrière et le remercia pour sa recommandation. - Sans être indiscrète, cher ami, lui demanda-t-elle, cette jeune femme est bien une… - Métisse, coupa M. de Champlain, c’est ce que vouliez dire n’est-ce pas ? Je suppose que vous cela vous a fait penser à votre cousin Guillaume. - Vous avez deviné. Je ne peux m’empêcher de penser que leur similitude les a peut-être rapprochés. - Tout ce que je sais, répondit M. de Champlain, c’est que votre couturière est née d’un mariage entre un riche marchand colonisateur et une Indienne. Ce fut une histoire d’amour très sérieuse qui fit beaucoup jaser dans la petite colonie… Je crois qu’on en parle encore ! - Pourquoi donc ? interrogea la Fée. D’après ce que je sais, ils ne furent pas les premiers. - Certes non, dans ce pays, beaucoup d’enfants sont nés de ces rencontres avec les autochtones, mais il y eut bien peu de mariages. Tout au plus, se marie-t-on souvent ici, « à l’indienne », ce qui pour les Blancs que nous sommes ne veut pas dire grand-chose. - Je me demande bien pourquoi, s’exclama la Fée, toutes les cultures et les croyances doivent être respectées. - C’est un peu plus compliqué que cela, chère amie, dit en riant M. de Champlain. Je comprends et respecte votre révolte, peu ordinaire chez une dame nouvellement venue de France. Pour tout vous dire, je ne connais l’histoire de cette jeune femme que par ouï-dire, mais, si vous arriviez à entretenir avec elle des rapports de confiance, au cours de vos essayages, peut-être se laissera-t-elle aller à la confidence. Après cette conversation, la Fée se promit de faire tout ce qui serait possible pour en savoir plus.
La Fée et sa filleule allèrent chaque jour chez la couturière, mais la conversation resta d’ordre strictement professionnel. Devant cet échec, Fleur de Lune demanda, une nouvelle fois, pourquoi sa marraine ne se servait pas du miroir magique. - Ma Chérie, répondit-elle, le miroir magique est un instrument de travail honnête, il ne doit pas espionner l’âme des humains. Nous devons continuer de chercher. Si un jour cette jeune femme nous confie son secret, c’est que nous serons prêtes à l’entendre. Apparemment il est, pour le moment, ou trop tôt, ou trop tard. Fleur de Lune ne put qu’être d’accord, sans l’être tout à fait, comme souvent ! De son côté notre ami le Chat s’amusait beaucoup. Etre invisible est un état qui comporte un certain nombre d’avantages. Il avait pu surprendre des conversations extrêmement intéressantes… A condition qu’il ne s’endormît pas… bien sûr ! Les chats ont tous besoin de beaucoup sommeil, sinon ils sont d’une humeur massacrante ! Tout se passait donc bien pour lui, sauf au sujet des repas. Un chat invisible ne mange pas, sinon ça se verrait. Et on n’a jamais vu une écuelle se vider toute seule. C’est très dur d’assister impuissant à la lente décomposition des magnifiques morceaux de viande que le cuistot vous a réservés. Et notre pauvre ami le Chat dut se contenter d’une souris famélique ! Philosophe, il se consola en pensant qu’un petit régime ne lui ferait pas de mal… Au matin du troisième jour, tandis qu’il passait, toujours invisible, près de deux marins qui réparaient des filets, il les entendit se moquer de son ami le cuistot. - Il est tout triste ce couillon de cuisinier, disait un marin, tout ça pour un matou ! Ce pôvre jeune, je l’ai même vu pleurer en douce devant la gamelle de son chat. Ca fait bientôt trois jours qu’il a disparu le Minet ! Je l’aimais bien moi, j’en pleurerais pas, mais y manque. C’est sûrement les « sauvages » qui l’ont mangé ou le Duval, celui-là c’est le Diable, je te le dis. A l’évocation du chagrin de son ami cuistot, le Chat fut ému aux larmes. Les larmes de chat ce n’est pas des larmes de crocodiles, mais ce n’est pas rien non plus. Il se dit que ce n’était pas gentil de laisser son ami cuistot s’inquiéter comme cela et qu’il serait déjà bien assez triste quand ils devraient se quitter tous les deux pour de bon. Dans l’état actuel des choses, il ne restait au Chat que deux solutions. La première, était d’apparaître aux yeux de tous, en Chat Botté, ce qui n’était pas possible en cet endroit. La seconde, serait de rester invisible jusqu’à la nuit des temps ce qui ne serait peut-être pas le rêve, à la longue. Cruel dilemme. Il choisit une troisième solution. Il prit son courage à quatre pattes et décida de se rendre dans la cabine arrière. Il se prépara à supporter les moqueries de la Fée et se dit qu’il allait mourir de honte devant sa chère Fleur de Lune !
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