Neuvième épisode - Au pays de Maïkan le sorcier


Résumé de l'épisode précédent :

Durand, le tavernier, intervient. Il raconte à ses clients que le Chat Botté est un de ses amis qui s’est déguisé. Puis il le jette dehors non sans lui avoir dit ce qu’il pensait de lui et lui avoir annoncé que Guillaume est parti depuis bien longtemps et que ce n’était pas son ami. Mais l’Homme en noir revient le visage couvert d’un masque effrayant. Quand le Chat le voit arriver l’air menaçant, il est terrorisé. Il en oublie la formule magique… heureusement, au dernier moment, il la retrouve. C’est la Fée qui la lui a soufflé, elle a assisté à toute la scène devant son miroir magique. Ce qui est surprenant c’est que l’Homme en noir a disparu au même instant que le Chat. Est-ce le Diable ou un sorcier indien ? Le Chat se dit qu’il a au moins obtenu des informations sur Guillaume qui serait parti vers le nord… Craignant que Duval où l’un des marins le reconnaisse, il décide par prudence de rester invisible encore quelques temps.


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Au matin, Fleur de Lune s’inquiéta de l’absence de son ami le Chat.

- Il est en bonne santé, lui dit la Fée,  je crois qu’il s’est pris une bonne leçon, Comme je craignais qu’il ne fît des bêtises,  je l’ai suivi toute la soirée dans mon miroir magique et je peux te dire que ce ne fut pas triste ! 

- Pourquoi ne m’avez-vous pas réveillée, demanda Fleur de Lune déçue. 

- Tu dormais si bien et puis, tu sais que  je n’ai pas le droit de te laisser regarder dans le miroir, répondit la Fée. Ceci nous est réservé à nous les fées et à nous seules. Tu n’en es pas une que je sache, sauf pour Jean peut-être !...

Quant à notre brave ami le Chat, je le laisserai te raconter lui-même son  histoire, du moins sa version de la soirée. Il serait tellement déçu que tu saches déjà tout. 

- Mais, je vais encore devoir attendre, dit Fleur de Lune en faisant la moue. 

- Le temps t’apprendra la patience ma chérie, répondit la Fée. 

- Il faut tout le temps faire des efforts, marmonna Fleur de Lune. 

- C’est comme cela qu’on avance dans la vie, dit tendrement la Fée. 

- Pourquoi ne le faites-vous pas tout simplement apparaître  avec votre baguette magique,  demanda la fillette. 

- Parce que j’ai décidé de m’en passer aussi souvent que possible, rétorqua la Fée, tu ne t’en souviens pas ? Et de plus je n’ai pas à agir de cette façon avec le Chat.

- Dommage, grogna Fleur de Lune qui n’avait pas envie de reconnaître qu’elle avait tort. 

Le Chat se réveilla fort tard et quand il sortit sur le pont inférieur il aperçut Duval et sa bande qui discutaient non loin de son cher rouleau de cordage… N’ayant pas l’habitude d’être invisible, il alla instinctivement se cacher, puis se souvenant qu’on   ne pouvait pas le voir, il s’installa, comme d’habitude,  tout en riant dans sa moustache.

Le hasard faisant bien les choses, ces hommes étaient justement en train de parler de lui.

- Cette espèce de type déguisé en chat  de carnaval m’a rappelé quelqu’un,  dit Duval, après un silence, j’ai l’impression de l’avoir déjà rencontré. 

Le Chat eut soudain moins envie de rire.

- Je crois plutôt qu’c’est ta chopine qu’tu rencontres trop souvent mon gars, dit le vieux marin à la tête de pirate… moi j’y crois pas à vot’ histoir, y a pas d’bal costumé à Tadoussac. Vous étiez fin saouls, voilà tout. 

- Moi j’peux… moi j’y étais  à la taverne, dit un marin qui passait par là. C’est rien qu’l’ami du tavernier y paraît, qu’a voulu rigoler… pourtant y a quequ’ chose que j’ai pas compris, c’est comment l’a disparu, lui et le vieux tout en noir avec un drôle de masque,  qui voulait lui coller de l’eau bénite.  

- Dis donc vous étiez drôlement rincés tous pour voir des choses pareilles, s’esclaffa le vieux marin, ces jeunots y savent pu boire ! 

- Moi j’te dis que j’l’ai vu et pi que j’l’ai pu vu, tout comme l’autre et j’en démordrai pas, dit le marin. 

- En tout cas, répéta Duval songeur, je l’ai déjà vu quelque part… ça m’reviendra bien un jour, j’vous l’dis ! 

Le Chat pensa qu’il vaudrait mieux éviter le Duval pendant quelques jours, ce serait plus prudent !

Le soir  au dîner, M. de Champlain et Jean racontèrent longuement leur dernière visite  dans un village  sur les bords du Saguenay. On parla aussi de l’étrange soirée à la taverne. Et bien entendu, on s’interrogea sur ces deux personnages étonnants, celui qui ressemblait à un vrai chat et l’homme tout en noir qui était revenu avec un masque effrayant.

La rumeur de cette étrange affaire  avait couru dans tout Tadoussac et même dans les villages indiens, peut-être même beaucoup plus loin qu’on ne pouvait penser. On en avait discuté sur tous les bateaux qui mouillaient dans le port, avec des versions toutes plus fantaisistes les unes que les autres. Les émigrants s’en amusèrent beaucoup et M. de Champlain conclut avec un sourire qu’il s’agissait simplement d’une bien banale histoire de beuverie.

- A moins que ce ne soit notre Minet qui ait fait sa tournée, dit-il pour plaisanter. 

Le Chat toujours invisible, qui assistait comme chaque soir au repas, en eut froid dans le dos et cela ne le fit pas rire du tout.

La soirée se  prolongea jusque fort tard. A la fin, comme souvent, il ne resta plus que la Fée, M. de Champlain, Jean et Fleur de Lune qui  somnolait comme d’habitude sur l’épaule de son « cher  grand frère ».

- Figurez-vous, que nous avons fait deux rencontres qui devraient vous intéresser,  leur confia le capitaine. Je ne sais par laquelle des deux commencer. 

- Ca n’a pas d’importance, répondit la Fée, toutes les informations sont bonnes à prendre,

- Vous êtes la sagesse même, comme d’habitude, ma chère Agathe, dit M. de Champlain, et moi je vous ai posé, une fois de plus,  une question idiote, je vous prie de m’en excuser. Je vais donc vous faire un compte-rendu chronologique. Quand nous sommes partis de Tadoussac, nous avions notre petite  idée derrière la tête. On nous avait dit qu’un de ces coureurs des bois était très souvent dans la région du Saguenay où nous étions ces jours-ci avec notre pilote, le capitaine Testu. Or je dois y  retourner encore avant notre départ pour Québec Je m’étais  donc donné pour but de rencontrer ce coureur des bois ou au moins d’apprendre où il se trouvait. Ils ne sont pas nombreux et se connaissent tous. 

 - Et vous l’avez vu ? demanda sans grand espoir,  Fleur de Lune, dans son demi-sommeil. 

-  Ma petite soeur est comme le chat, dit Jean en riant, elle ne dort que d’un œil, on devrait s’en méfier.

- Pourquoi ? dit Fleur de Lune vexée,  cela me concerne, quand même. 

- Bien sûr que cela vous concerne au premier plan, mademoiselle, trancha M. de Champlain en riant, décidément ce soir, je suis bien maladroit.

- Mais revenons-en à notre coureur des bois, reprit M. de Champlain. Nous avons fini par trouver sa trace, il vit paraît-il dans un village de la  tribu des Montagnais. Il semble qu’il n’ait pas l’intention de repartir tout de suite. Il s’y est marié avec une Indienne et elle attend un enfant pour bientôt. 

- Comme c’est romantique, dit Fleur de Lune rêveuse. 

- Je crois que nous avons beaucoup de chance, mais comment pensez-vous le contacter ?  demanda la Fée. 

- C’est tout simple nous allons  nous rendre dans ce village et si vous le désirez, vous pourrez nous accompagner toutes les deux, ajouta M. de Champlain. Ce n’est pas très loin. Si je me souviens bien, vous désiriez ardemment découvrir un peu plus  ce pays en compagnie de votre filleule, ce serait une bonne occasion. 

- Quelle merveilleuse idée, s’écria Fleur de Lune cette fois-ci, totalement réveillée, quand partons- nous ? 

- Dans une semaine, répondit M. de Champlain, le temps de préparer l’expédition. Ce ne seront pas des conditions idéales pour des dames. Mais vous connaissant, je ne suis pas inquiet à ce sujet.  En revanche, il faudra vous vêtir confortablement. 

- Nous pourrions nous faire fabriquer des tenues adéquates, répondit la Fée. J’ai entendu dire qu’il y a une très bonne couturière en ville, je suis sûre qu’elle fera ça très bien. Nous irons la voir dès demain, j’ai  emporté un certain nombre de coupes de drap dans mes malles. J’avais pensé que cela pourrait nous être utile, puisque nous ne savions pas comment il faudrait nous habiller sur place. 

- J’ai une idée ! s’exclama Fleur de Lune, je veux qu’on me fasse  un pantalon comme celui de Jean, il est très joli. 

- Ce sont mes chausses que vous appelez « pantalon », s’étonna Jean. Je n’ai jamais entendu ce nom. Serai-ce la nouvelle mode ?  Pourtant je suis allé à la cour avec mon père, juste avant mon départ et je n’en ai pas entendu parler. Enfin, quelque nom que vous leur donniez, vous ne pensez quand même pas porter des chausses ? On n’a jamais vu une demoiselle de bonne famille habillée comme un garçon. 

- Si j’en veux un… commença la fillette.

La Fée intervint vivement, craignant une  nouvelle gaffe de la part de sa filleule :

- D’abord on ne dit pas « je veux », mais « je voudrais ». Et tu ne peux porter des chausses, c’est un vêtement d’homme, dit-elle  en  faisant les gros yeux. 

Puis elle ajouta :

-  Mais en y réfléchissant bien,  c’est peut-être une bonne idée. Nous pourrions nous faire fabriquer des tenues, moins féminines, certes, que celles que nous portons d’habitude, mais plus adaptées à la situation. Je crois que je vais réfléchir à la proposition de ma filleule, qu’en pensez-vous, mon cher Samuel ?

- Je vous fais confiance, acquiesça M. de Champlain. Nous sommes ici pour innover, alors pourquoi ne le ferions-nous pas aussi,  en matière de vêtements. Je connais votre goût et votre sens des convenances.  Pourtant je crois aussi avoir décelé, en vous,  un brin de fantaisie qui pourrait faire merveille en la matière. 

La Fée fut étonnée de l’ouverture d’esprit du capitaine, elle l’appréciait chaque jour un peu plus et c’était réciproque. Au cours du voyage une grande amitié était née entre eux.

- Mais vous aviez parlé de deux rencontres, interrogea la Fée, nous sommes impatientes de connaître la seconde. 

- Elle fera, l’objet d’une visite au cours de notre petite expédition, tout comme la première, si vous le désirez, bien sûr, répondit M. de Champlain, mais je tiens à vous en réserver la surprise. 

- J’adore les surprises, s’écria Fleur de Lune en sautant de joie, mais ce que je préfère, c’est quand je sais d’avance quelle va être la surprise. 

- Avez-vous réfléchi qu’alors ce n’en est plus une ? dit Jean en riant. 

- Peut-être, mais, comme ça, je sais tout de suite ce que c’est et je m’en réjouis,  dit Fleur de Lune naïvement. 

- Ce n’est pas sot,  renchérit paternellement M. de Champlain. Mais une surprise sans surprise, n’est peut-être pas une vraie surprise, vous ne croyez pas ?

- J’ai bien le droit de penser ce que je veux, quand même, bougonna la fillette qui s’était renfrognée. 

- Je n’aime pas que ma filleule fasse la capricieuse, dit alors la Fée, en fronçant les sourcils. De toute façon, il est temps d’aller dormir, il est très tard pour une jeune fille de ton âge. Si tu continues comme cela, tu seras trop fatiguée pour nous accompagner. 

- S’il vous plaît,  supplia Fleur de Lune, je vous promets d’être très calme et de ne  plus rien dire. 

- Ne plus rien dire, me semble  totalement impossible de ta part, mais pour le reste j’accepte dit la Fée, en attendant au lit !  




 A suivre…

Où la Fée et Fleur de Lune vont-elles
aller pour se faire coudre desvêtements
pour l’expédition sur le Saguenay ?

Auront-elles de nouvelles informations sur Guillaume ?

Le Chat va-t-il rester invisible encore longtemps ?


Vous aurez la réponse à ces questions avec les nouvelles du large qui arriveront demain…


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