Huitième épisode - Au pays de Maïkan le sorcier


Résumé de l'épisode précédent :

Fleur de Lune est choquée et trouve que ce n’est pas gentil d’avoir ôté son immortalité au Chat. La Fée lui explique qu’elle n’a rien ôté. Elle l a été obligé de mentir, parce Le Chat n’est pas assez raisonnable. C’est pour son bien !. Fleur de Lune pense alors que les adultes font souvent ce qu’ils interdisent aux enfants! Le Chat après s’être entraîné à disparaître et reparaître à l’aide de la formule magique donnée par la Fée, décide d’aller à la taverne du port pour enquêter sur Guillaume. En chemin il rencontre Duval accompagné de quelques marins. Ces derniers pensent que c’est l’ivresse qui leur joue des tours. Ils n’ont jamais vu un Chat Botté. A la taverne, certains se moquent du Chat, d’autres ont un peu peur de lui. Soudain une voix caverneuse s’élève du fond de la salle pour dire qu’il est un suppôt du Diable…


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Le Chat qui avait repris du poil de la bête, ce qui pour un chat est une drôle de façon de parler, se pencha vers le marin bien trop ivre pour se relever et lui dit très grand seigneur, en lui tendant sa patte gantée :

- Redressez-vous mon brave, je ne suis pas le diable.  

Puis il ajouta, à la cantonade :

-  Je ne suis que le Chat Botté, je ne vous veux pas de mal, vous avez sans doute entendu parler de moi et peut-être aussi de Guillaume de Carabas, que je suis venu chercher en ce pays. Il se trouve que c’est le cousin de mon maître,

-  Vous voyez bien qu’il ne vous veut pas de mal, dit le tavernier,  sautant sur l’occasion. Vous pensez sans doute comme moi que les Chats ne parlent pas, bottés ou non, et qu’ils ne sont pas vêtus comme des seigneurs, parole de Durand… alors sommes-nous devant le diable comme on pourrait le croire… 

 Il attendit un moment pour voir l’effet de ses paroles. Le silence avait succédé au vacarme des discussions et des commentaires. Il savoura sa victoire… Car ce vieil ivrogne d’aubergiste venait d’avoir une idée qu’il considéra aussitôt sans aucune modestie comme géniale. Prenant un air très mystérieux et vaguement contrit, il ajouta :

- Je vais tout vous avouer ! C’est un de mes amis ! Il a un peu trop bu, il a voulu nous faire une farce et il s’est déguisé. On le croirait vrai, n’est-ce pas ?

Ce mensonge ne plut pas du tout au Chat. On lui volait la vedette et pire même, on le rabaissait.

- Mais, je… tenta-t-il de dire. 

Alors, le tavernier qui trouvait que la plaisanterie avait assez duré et qui avait moins peur du diable que de perdre sa recette, attrapa le Chat par son magnifique col de dentelle, au risque de le déchirer, et lui dit à l’oreille tout  en s’apprêtant à le jeter dehors :

- Qui que tu sois espèce d’imbécile enrubanné, tu peux me remercier, parce que dans quelques minutes, quand l’autre abruti reviendra avec son eau bénite, tu pourrais bien être bon pour le bûcher ou la potence. Tu m’as fichu une belle pagaille dans mon établissement. Ton déguisement est très réussi, mais  tu mériterais que je te mette tout nu attaché à un poteau de torture,  pour t’apprendre à te moquer des braves gens. Moi, on me la fait pas. Un chat ça miaule, ça tient pas de beaux discours. Je t’en ficherai, moi, du Chat Botté, c’est pas demain qu’on  en entendra parler dans Tadoussac, ni ailleurs ! Fallait l’inventer ce nom-là ! Tu feras pas fortune avec, moi je te le dis ! Quant au beau Guillaume de Carabas, il y a bien longtemps qu’il est parti vers le nord et vu comment il était accompagné,   je ne donnerais pas cher de sa peau, ni de son scalp, s’il est tombé dans une tribu ennemie. Ce métis avec ses grands airs,  y voulait retourner chez les siens comme y disait ! A l’entendre, c’est tout juste si c’était pas nous les « sauvages », nous les Blancs.  Il avait qu’une qualité,  une bourse pleine d’or! Ah ! y craignait pas la chopine! J’irais même jusqu’à dire qu’y buvait comme « un sauvage », où ça va se nicher l’hérédité !... 

L’aubergiste partit d’un énorme rire gras qui résonna dans la tête du pauvre Chat comme un glas, Le Durand ouvrit la porte de sa taverne et dit :

- Quant à toi, le faux chat,  va au diable  ou plutôt retourne vite d’où tu viens, ce sera plus prudent et dis-toi bien que ta carrière de farceur est finie. Je te sauve la vie, mais que je ne te revoie plus jamais dans les parages. Et encore moins dans ma taverne. Les amis de Guillaume ne sont pas mes amis. T’as compris !

Il donna un grand coup de savate au Chat qui pensa que ça lui rappelait quelque chose. L’atterrissage fut douloureux et vexant. C’est alors qu’apparut, au bout de la ruelle,    l’homme en noir  celui qui l’avait traité de suppôt du diable. Le Chat comprit, enfin, qu’il était en  grand danger. Il ne  lui restait plus qu’à disparaître. Hélas, il avait tellement peur, qu’il n’arrivait plus à se souvenir de la formule magique.  L’homme en noir avançait toujours, de plus en plus menaçant, le visage caché sous une sorte de masque terrifiant. Bientôt il ne fut plus qu’à quelques enjambées.

Une bande de marins dessoulés, moins peureux ou plus curieux que les autres,  se tenaient goguenards, sur le pas de la porte. Ils observaient la scène, se demandant qui ils devaient croire…

Alors, dans un silence de mort, l’homme s’approcha du Chat… il allait presque le toucher… quand celui-ci se souvint, enfin,  de la formule. A l’instant même où il la prononça, il disparut devant les spectateurs ébahis.

Le plus étonnant c’est que l’homme en noir disparut en même temps, à la grande frayeur des spectateurs. Peut-être était-ce le diable ou un sorcier indien, mais pourquoi donc s’en était-il pris si violemment à notre pauvre ami le Chat. Ce dernier comprit  soudain, que c’était elle qui  lui avait soufflé la formule magique… à la dernière minute, bien sûr !

La traîtresse avait sûrement suivi ses exploits grâce à son miroir magique.

Puis il se dit sagement que malgré la honte qu’il en éprouvait il lui devait une fière chandelle.

Quand le Chat fut remis de ses émotions, il se dit qu’il ne rentrerait pas complètement bredouille, puisque apparemment Guillaume avait laissé quelques souvenirs de son passage à Tadoussac.

 Jules Durand le tavernier avait dit qu’il était parti vers le nord. Cela étonnait quand même le Chat. Ses recherches généalogiques avaient montré que la famille indienne de la mère de Guillaume était de la tribu des Iroquois. Or en écoutant attentivement son ami Champlain, il avait appris beaucoup de choses et en particulier dans quelles régions se trouvaient les différentes tribus indiennes. Dans  le nord ce sont les Inuits, tout le monde sait cela ! Il faudra peut-être se méfier des renseignements donnés par le tavernier et sans doute par d’autres qui parlent à tort et à travers.

En y réfléchissant plus profondément le Chat se dit qu’il faudrait peut-être s’interroger sur la présence   de ce vilain bonhomme au visage caché. Il ne pouvait pas être là par hasard. Certes il avait disparu et tant mieux, mais comment. Aucune fée n’aiderait un tel personnage, il avait donc usé de magie noire. Quelle horreur ! A moins que ce ne soit effectivement le Diable en personne !... Mais en quoi Le Chat Botté pouvait-il donc bien intéresser le Diable ? Et si ce n’était pas lui que cherchait cet homme et par qui était-il envoyé ? Rien que d’y penser, le Chat en eut le poil hérissé de terreur ! Il se demanda ce qu’en avait  pensé la Fée et se promit d’en parler avec elle. En tout cas, pas question de retourner questionner plus longuement le tavernier.

Après cette équipée peu glorieuse, le Chat n’eut aucune envie d’affronter les éventuelles moqueries de la Fée. Pour le moment il ne désirait qu’une chose  aller directement se coucher dans son petit coin de cale.

Hélas, il ne pouvait pas se rendre en tenue de Chat Botté au quartier des équipages, que se passerait-il s’il croisait un marin ou un des émigrants. Il risquait de se trouver de nouveau dans une mauvaise situation. Il ne  lui restait qu’une solution : rester invisible un peu plus longtemps que prévu. De plus,  c’était un excellent moyen   pour espionner  tout à son aise. Voir sans être vu ! Le rêve ! Mais il lui fallait d’abord dormir,  dormir enfin ! Aussi fut-il vite rendu dans la cale où il s’affala, tout invisible qu’il fut, sur son cher ballot de laine.




 A suivre…

Le Chat va-t-il rester longtemps
encore invisible ?

La rumeur de son escapade à la taverne a-t-elle circulée dans la région ?

M. de Champlain va-t-il bientôt rentrer de son expédition sur le Saguenay ?


Vous aurez la réponse à ces questions avec les nouvelles du large qui arriveront demain… si tout va bien !


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