| Résumé de l'épisode précédent : |
Après le départ du Chat, Fleur de Lune interrogea sa marraine. - Etiez-vous vraiment obligée de le rendre mortel ? - Tu ne l’as quand même pas cru ? demanda la Fée en riant. Je connais le chat depuis si longtemps, il n’a plus de secrets pour moi. Tu ne vois donc pas qu’il il est tellement excité par cette mission qu’il serait capable de n’importe quoi et même du pire. Seule la peur de mourir peut le tempérer un peu. Il ne se rend absolument pas compte des dangers qu’il court. Je lui ai donc mis un garde-fou. - Mais vous lui avez menti ! s’écria Fleur de Lune scandalisée. - Je l’avoue, reconnut la Fée, mais c’est un pieu mensonge, si tu préfères un mensonge nécessaire. Fleur de Lune se dit une nouvelle fois, que les adultes et mêmes les fées se permettaient de faire des choses qu’ils interdisaient aux enfants. Cela ne l’empêcha pas de s’endormir très vite et de rêver de sa famille et de ses amis qui lui manquaient tant depuis qu’elle était arrivée à Tadoussac. La Fée, elle, mit très longtemps à trouver le sommeil… Au moment où elle allait enfin sombrer à son tour, elle eut une surprise qui n’en était pas tout à fait une… Le Conseil Supérieur des Fées au grand complet vint lui rendre une petite visite qui n’était pas vraiment amicale ! Au royaume des Fées on n’était pas content du tout. Tout d’abord il est interdit de rester trop dans la peau d’un humain. Tout le monde sait bien que ce n’est pas sans danger ! Au Royaume des Fées on avait donc pensé faire revenir la Fée de Lune, mais une fée digne de ce nom n’abandonne jamais ceux dont elle est responsable. La Reine avait donc exceptionnellement accepté qu’elle continue sa mission. Elle fut aussi réprimandée pour avoir confié une formule magique à ce farfelu de Chat qui n’en ferait peut-être pas toujours bon usage. Elle eut beau expliquer que n’avait pas eu d’autre solution, il lui fut répondu qu’elle aurait dû en référer à sa Fée Supérieure, comme le faisaient toutes ses collègues. Mais le plus grave reproche fut au sujet de ses amitiés avec les humains. On avait trouvé en haut lieu qu’elle ne gardait plus assez ses distances et qu’elle risquait d’en souffrir plus tard, comme on le lui avait si souvent expliqué. Inutile de vous dire qu’elle ne dormit pas de la nuit. Elle pensa même qu’il serait peut-être bon d’aller voir son ancien professeur La Fée des Etudes, qu’elle considérait presque comme une mère, pour lui demander son aide. Malheureusement celle-ci était trop occupée en ce moment pour la recevoir et lui fit seulement dire de ne pas perde courage. Pendant ce temps, le Chat s’était exercé consciencieusement à disparaître et à réapparaître, au point d’en avoir le tournis. Il était ravi d’être redevenu lui-même et n’était pas mécontent d’être à nouveau le Chat Botté, bien qu’il ait pris goût aux transformations. Il comptait d’ailleurs bien en connaître d’autres et s’en réjouissait à l’avance. Au bout d’un moment, il jugea la formule magique suffisamment rôdée. Tout à son euphorie, il prit la décision d’aller dans une taverne du port pour commencer à glaner des informations sur le coureur des bois qui avait accompagné Guillaume et peut-être sur Guillaume lui-même.
Après avoir prononcé la formule magique, le Chat se trouva instantanément transporté sur le quai, non loin de la taverne du père Durand. Au même moment trois hommes sortirent en titubant. Le Chat les reconnut tout de suite, c’était Duval et deux de ses acolytes. Il était trop tard pour se cacher aussi se dit-il que ce serait une sorte de test. Ou ça passait, ou ça ne passait pas, auquel cas, il disparaîtrait en un clin d’oeil. « Fastoche » comme aurait dit le petit copain de Fleur de Lune. - Tonnerre de Dieu, dit Duval, ce bonhomme enrubanné, me rappelle quelqu’un, mais dites donc il a une tête de chat, oh ! Faudra faire attention à la chopine, ça vous remue son homme. - T’imagines, dis, un grand maigre en s’étouffant d’un gros rire ….. le Minet du cuistot transformé en marquis ? - Saloperie d’animal, il est bien trop moche. Celui-là est beaucoup plus beau, et même qu’il est double. Il a deux têtes ! dit le troisième. - Moi j’en vois trois, dit le grand maigre avant de s’écrouler, ivre mort. - Regarde-moi ça c’t’abuti ! Va falloir l’ram’ner sur notr’ dos, dit le troisième en titubant. - Tant pis pour lui, j’ai bien assez d’mal à m’porter moi-même dit le Duval en continuant son chemin. Salut monsieur le marquis des chats… Le Chat faillit proposer son aide, mais il réfléchit à temps qu’il valait mieux ne pas trop tenter le diable comme on dit, surtout quand il traîne dans les parages. Heureusement le troisième larron compatissant, prit son copain par les pieds et le traîna jusqu’au vaisseau, qui heureusement n’était pas très loin. Le Chat se dit alors que si Duval et sa bande ne l’avait pas reconnu, qui serait capable de le faire… Il poussa donc sans crainte la porte de la taverne. - Bonjour messieurs, dit-il, à la cantonade, en faisant un grand salut avec son chapeau à plumes. Il y eut un lourd silence ! Au bout d’un moment, une voix avinée s’éleva : - Vous voyez ce que je vois les gars ? un chat en dentelles avec des bottes et un chapeau à plumes qui nous souhaite le bonjour ! Dis donc, tavernier, tu nous a mis des herbes à sauvages dans nos chopines ce soir, ou quoi ? Le tavernier nommé Jules Durand, la trogne encore plus écarlate qu’à l’habitude restait là hébété, tortillant son tablier. La servante, affolée, avait lâché ses chopes de bière qui volèrent en éclats sur le sol, éclaboussant le Chat au passage. Un de ses plus beaux costumes ! Ca commençait plutôt mal ! Au début, chacun resta à sa place, prudemment. La première surprise passée, les buveurs commencèrent de se concerter à voix basse. Pas question de mettre cette vision sur le compte de la boisson, car ils voyaient tous la même chose, à moins qu’il ne s’agisse d’une hallucination collective. - Hé ! les gars dit en tentant de se lever, un immense gaillard au teint violacé, faudrait voir de plus près s’il est vrai, ce chat botté ! Le Chat se dit que sa célébrité avait elle aussi remonté le temps et répondit : - Bien sûr que je suis vrai, je vois que vous m’avez reconnu mon brave. Rasséréné, et même très sûr de lui, il voulut s’avancer vers le marin. Mais ce dernier eut tellement peur qu’il tomba en arrière, entraînant avec lui une paire de copains. Il s’ensuivit un vent de panique dans la taverne. Le Chat comprit alors qu’il aurait mieux fait de demander conseil à la Fée. Il eut, soudain, la triste impression qu’il n’avait peut-être pas choisi le bon lieu, ni la bonne heure, ni même la bonne transformation. Si la Fée avait été là, elle aurait pu l’aider à changer son fusil d’épaule, ou son épée de fourreau, expression sans doute plus appropriée à son accoutrement. Seulement voilà, elle n’était pas là. Elle lui avait bien appris à disparaître et réapparaître mais, en revanche, mais elle avait oublié de lui apprendre à changer de transformation. C’était bien dommage, parce qu’à cet instant précis, il aurait même accepté d’être une souris pour sortir de ce guêpier. - Vous n’allez pas avoir peur d’un suppôt du diable, dit une voix rocailleuse venue du fond de la salle. - Ce n’est pas un chat noir rétorqua alors, le tavernier auquel la peur de perdre ses clients, donnait tous les courages. C’est un chat blanc ou presque. Le « ou presque » déplut beaucoup au Chat qui s’apprêtait à répondre, quand la voix caverneuse rétorqua : - Qu’importe ! Blanc ou noir, cet animal est venu des enfers, ta taverne est maudite. Attrapez-le, je vais chercher de l’eau bénite. Le Chat qui commençait de ne pas se sentir très à l’aise remarqua que l’homme s’exprimait en vers et même semblait-il en alexandrins ! - Il a qu’à l’attraper lui-même, dit un des buveurs. - Moi le diable je l’attrape par la queue, dit le grand gaillard du début. Il se leva d’un bond, éclatant d’un énorme rire qui fit trembler toute la maison. Heureusement pour le Chat, personne n’avait épongé le sol, après que la serveuse avait laissé tomber les chopes de bière. Le gaillard s’étala donc de tout son long au pied de notre ami, qui se dit que le vent tournait en sa faveur.
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