Quatrième épisode - Au pays de Maïkan le sorcier


Résumé de l'épisode précédent :

Pendant que les charpentiers construisent la barque qui transportera Champlain et les premiers émigrants jusqu’à Québec, Fleur de Lune, la Fée et Jean, visitent Tadoussac. Le fillette y est venue en vacances avec ses parents, dans sa vraie vie, mais à part la maison de Chauvin, elle ne reconnaît rien. Quant au Chat, il attend avec impatience de pouvoir reprendre ses recherches et aimerait bien être déjà sur la terre ferme. En attendant, il assiste à une nouvelle réunion de Duval et sa bande de conspirateurs et ce qu’il entend l’incite à les surveiller de près.


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A ce moment, la Fée aperçut sur le quai M. de Champlain  qui lui faisait  de grands  signes. Il avait une lettre à la main qu’il lui montra de loin. Quand il fut remonté sur le vaisseau, il vint tout de suite vers elle et la lui remit.

- Je pense que ce courrier vous fera plaisir, en tout cas mon ami Pont a tenu à ce que je vous le porte sans tarder. Il ne cesse de vous bénir pour vos bons soins. Il est très étonné et ravi de se rétablir si vite. Il dit à qui veut l’entendre que vous êtes une fée, mais cela,  nous le savons tous. Vous allez bientôt être connue de tout le pays et peut-être que les sorciers indiens viendront vous consulter 

-  Allons ne plaisantez pas, dit la Fée modestement. Je ne mérite pas une telle gloire. Je n’ai jusqu’à présent fait qu’appliquer les enseignements de mon oncle. 

- Vous oubliez ces merveilleuses préparations dont notre ami chirurgien parle sans cesse et qu’il aimerait tant avoir en sa possession. Cachez-les bien, il m’a dit qu’il serait prêt à n’importe quoi pour les obtenir, ajouta M. de Champlain, sur le ton de la plaisanterie. Mais je vois votre impatience et je vais vous laisser lire ce courrier que vous avez tant attendu. 

Une fois dans sa cabine la Fée put enfin prendre connaissance de la lettre de Pont Gravé. Fleur de Lune prévenue par M. de Champlain vint la rejoindre accompagnée du Chat dont la mauvaise humeur était passée comme par enchantement.

Ils s’installèrent confortablement pour écouter la Fée leur lire la lettre de M. de Pont Gravé. 


Bien Chère Madame,

Je suis infiniment désolé de n’avoir pu vous donner lors de notre entrevue les informations que vous étiez venue chercher. Ce malencontreux malaise m’en ayant empêché. A ce propos, je tiens à vous remercier pour vos bons soins qui semblent avoir contribués pour beaucoup à mon rétablissement. Samuel, m’avait parlé de vos talents et je n’ai pu que les constater.

Pour en revenir à notre conversation. Je dois vous avouer que je n’ai absolument pas compris la raison pour laquelle mon ami Hébertet avait décidé de quitter ses occupations et sa vie de colon. Je lui ai donc conseillé d’attendre votre venue avec Isabelle et de prendre quelque recul. J’étais persuadé que la reprise d’une vie familiale normale, le ferait revenir à la raison. J’étais alors certain de l’avoir d’autant que  nous n’avons plus jamais abordé ce sujet.

 Je n’ai appris sa disparition qu’à mon arrivée dramatique à Tadoussac.

Ce qui semble curieux, c’est qu’il  n’ait prévenu personne. Je sais qu’il attendait votre venue à toutes deux avec impatience. Ce qu’il aurait fait après, je n’en sais rien, mais il n’était pas homme à abandonner ainsi sa fille. Je crains qu’il ne lui soit arrivé malheur. Mais il ne faut jamais désespérer et vous avez raison de tenter de le chercher malgré tout. En revanche, je ne saurais que vous recommander la plus grande prudence. 

Quant à votre cousin Guillaume de Carabas, je ne l’ai pas rencontré personnellement,  mais de Monts, qui connaissait bien sa famille, m’en avait parlé il y a quelques années déjà.  C’était paraît-il un original ! Il n’est pas resté très longtemps avec les autres émigrants, pourtant tout le monde semble se souvenir de cet homme de forte personnalité. Il  semble qu’il soit  parti, comme il l’avait décidé, à la recherche de sa famille indienne… Malheureusement  on n’en a plus jamais entendu parler. Je crois qu’il sera bien difficile d’en savoir plus. Les autochtones sont peu bavards sur les disparitions de Français dans ce pays. Cependant,  j’ai appris ces jours-ci que votre cousin se serait lié d’amitié avec un  coureur des bois qui lui servait de guide. Il faudrait retrouver cet homme,  à condition qu’il soit lui-même encore  en vie et ensuite qu’il soit dans les parages. Mais ne rêvez pas trop, nous avons presque plus de chances de retrouver notre ami Hébertet que votre cousin, c’est tout dire !

Les hivers sont si rudes dans ce pays et les dangers si grands qu’il est à la limite de la folie de vouloir s’y aventurer, comme l’a fait votre cousin Guillaume. Pourtant tout le monde lui avait conseillé et notre ami de Monts le premier, d’attendre la venue de M. de Champlain. Celui-ci l’aurait certainement aidé dans ses recherches. Mais il est clair que  votre cousin ne voulait plus attendre, comme si quelque chose de plus fort que lui l’attirait vers cet inconnu dont il était issu. Vous savez, on voit ici, parfois, de curieuses réactions. Les émigrants sont pris d’une sorte d’ivresse qui les rend totalement incontrôlables. Ces grandes étendues inexplorées fascinent depuis toujours les êtres humains, il faut parfois être doué de beaucoup de raison pour y résister. On ne doit pas juger ceux qui succombent à ces coups de folie. S’ils étaient d’une nature raisonnable, croyez-vous vraiment qu’ils seraient venus tenter l’aventure du Nouveau Monde, quand on sait combien peu en reviennent ! 

J’espère que ceci vous aidera dans vos recherches que je souhaite fructueuses et sachez que je reste à votre entière disposition. 

Votre dévoué

Pierre de Pont Gravé

- Maintenant il n’est plus question de traîner, s’exclama  le Chat. Si l’on réfléchit bien nous n’avons rien  à faire à Québec. Nous devons tout de suite partir à la recherche de Guillaume. 

- Voilà une excellente idée ! s’exclama la Fée ironiquement. Nous allons donc nous mettre en route sans aucun indice, dans un pays immense et totalement inconnu. Tout ce que tu gagneras sera de te faire chasser par les autochtones qui adorent manger du chat sauvage. Tu finiras sur une broche, grillé au-dessus d’un grand feu,  au cours d’une fête indienne, jolie fin ! Quant à nous, quel sort nous réservera-t-on ? La question reste posée. Si c’est tout ce dont tu rêves, alors vas-y, mais ne compte pas sur nous pour te suivre. 

- Les indices on peut les trouver, répondit le Chat que ce discours avait un peu refroidi. 

- Oui, c’est bien ce que je te disais. Nous allons nous y employer. Nous allons chercher ce coureur des bois. Peut-être que M. de Champlain le connaît. C’est la seule personne qui puisse nous guider et nous protéger, alors ne la quittons pas. 

- Vous faites ce que vous voulez mais moi, dit le Chat d’un air buté,  je veux récupérer mes bottes de sept lieues au plus vite. J’ai des fourmis dans les pattes et je commence à en avoir assez du poisson. 

- Pour le poisson je ne peux rien faire, lança la Fée excédée, mais s’il s’agit uniquement de récupérer tes bottes, les voilà. 

Au même instant le Chat se retrouva les pattes enfouies jusqu’au ventre dans d’énormes bottes. Il était  comme aspiré par elles. Fleur de Lune et la Fée ne purent s’empêcher d’éclater de rire.

- Tu ne m’as pas demandé de redevenir le Chat Botté tu voulais juste tes bottes, tu les as, dit la Fée en se retenant de rire. 

Le Chat entra alors dans une grande fureur et sauta hors des bottes. Le poil hérissé de rage, il  hurla avant de s’enfuir :

- Merci, merci beaucoup, et maintenant on me ridiculise, mais vous ne l’emporterez pas au paradis toutes les deux. Je vous le jure foi d’animal, intérêts et principal…  comme aurait dit un certain M. de Lafontaine !....

Fleur de Lune tenta de l’attraper, mais il lui souffla au visage et s’enfuit sans demander son reste.




 A suivre…

Fleur de Lune approuve-t-elle le
comportement de la Fée vis-à-vis du Chat ?

Celui-ci va-t-il bouder une fois encore ?

Que fera la Fée pour se faire pardonner ?

Vous aurez peut-être la réponse à ces questions avec les nouvelles du large qui arriveront demain…


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