| Résumé de l'épisode précédent : |
De retour sur le bateau Fleur de Lune était rassurée, pour le moment, elles resteraient, sa marraine et elle, avec Jean et M. de Champlain. Elles continueraient, toutes les deux, d’aider le Chat dans ses recherches, tout en faisant semblant de chercher M. Hébertet. Quant au Chat, il rongeait son frein, comme un chien ronge son os ! Il se demandait ce qu’il était venu faire dans ce pays et commençait vraiment à en avoir assez de son déguisement de chat du bord. Il aimait bien ses amis marins et plus encore le jeune cuistot, mais il avait des choses plus importantes à faire maintenant, quand même ! Il se disait qu’il n’aurait jamais, même pour un empire, traversé l’océan, ni la tempête et les icebergs, pour venir uniquement chercher le père d’Isabelle. Si toute cette histoire amusait Fleur de Lune, tant mieux pour elle. Pour sa part, il en avait par-dessus le feutre. Expression savoureuse qu’il avait inventée. A propos, quand le remettrait-il son magnifique feutre, tout couvert de somptueuses plumes ? A Pâques ou à Il se disait avec nostalgie qu’il avait quand même eu, par le passé, une vie bien différente de celle qu’il menait ici dans les quartiers inférieurs et dans la cale ! Même s’il passait maintenant le plus clair de son temps dans la cabine arrière, on était loin du luxe auquel il était habitué dans le château de son maître, le jeune marquis de Carabas.
Très déçu de ne toujours rien savoir sur Guillaume, le Chat se réfugia, comme à son habitude, dans son rouleau de cordage préféré, pour trouver le seul remède qui soit à la morosité : le sommeil. Il fut réveillé par la voix de l’infâme Duval qui venait de s’installer non loin de là avec sa bande de comploteurs. Le Chat tendit l’oreille. - Nous sommes exploités par de Monts et Champlain, je vous le répète, se plaignait Duval. - Mais nous sommes bien payés quand même, répondit Natel. - Il a pas tort et puis je l’aime bien, moi, Champlain, c’est un homme respectable, renchérit un des charpentiers. - Qu’est-ce que tu voudrais de mieux ? demanda un tout jeune qui suivait Duval comme un petit chien. - C’est nous qui allons construire l’Abitation et les jardins, reprit Duval et après, ils feront la traite et autres commerces, ils récolteront ce que nous avons semé et vous verrez que c’est pas nous qui nous remplirons les poches, ce sera eux. Et ce sera grâce à qui, je vous le demande ? A nous et à notre travail ! On aura en échange, quatre sous, l’hiver, le froid et des clopinettes ! - Nous sommes payés pour le faire ce travail et bien payé ! Désolé, mais moi, je ne me sens pas du tout exploité, dit Natel - Peut-être bien qu’on aura des terres, ou qu’on pourra commercer nous aussi, dit le jeune. - Peut-être aussi qu’on sera bien content de retourner chez nous avec un bon pécule, dit à son tour le charpentier. Vous auriez envie de rester ici vous autres, quand le chantier sera fini ? - Pourquoi pas ? dit Duval avec un air finaud, y a des fortunes à faire ici, ça j’en suis sûr et je connais même un bon moyen, mais c’est trop tôt encore pour en parler. - Bah ! alors si c’est trop tôt c’est pas la peine de commencer, bougonna le charpentier. - Tu peux pas nous en dire un peu plus, demanda un nouveau venu visiblement alléché par les allusions de Duval. - Moi, je ne vois pas ce qu’on pourrait faire de mieux que bien faire notre travail et faire confiance à M. de Champlain, dit Natel, de plus en plus gêné. - Arrête avec ton M. de Champlain, siffla Duval, tu vois pas qu’il nous méprise, il nous lance un os à ronger, mais il s’en fiche pas mal de nous, et dès qu’on sera plus utiles à son projet, il nous laissera tous tomber ou nous renverra au bercail. Ils sont tous comme ça… les du Pont, les de Monts et tous les Champlain de la terre. Ils en ont rien à faire de nous, mais alors rien. - Bah ! qu’est-ce qui te prend, demanda Natel. Ma parole tu les détestes tous. Tu oublies que sans l’énorme quantité d’argent qu’engloutit dans ce pays le de Monts, comme tu dis, on serait pas là, et on aurait peut-être pas de travail non plus. Sans eux, tu serais dans ton village à crever la faim et - Allons, se radoucit Duval, je me suis emporté, mais je suis sûr que tu changeras d’avis… Ecoutez-moi bien, on pourrait rentrer cousus d’or, mais il faudra y mettre un peu du nôtre, les gars ! On a rien sans rien… Réfléchissez bien, j’ai tout mon temps. Je vais à terre boire un coup. Qui m’accompagne ? Les deux derniers arrivés, lui emboîtèrent le pas sans broncher et les autres tournèrent les talons. Le Chat recroquevillé dans ses cordages commençait d’avoir des fourmis dans les pattes, il jeta un œil et même le deuxième pour scruter les alentours et voyant que les marins avaient disparu du voisinage il sortit comme un diable de sa boîte, s’étira un moment et fila vers le pont supérieur pour rendre visite à son ami Champlain. - Je ne sais pas ce que nous mijote cet immonde Duval, mais j’en aurais le cœur net, marmonna le Chat dans sa moustache. Même s’ils n’ont pas tous l’air emballés, je vais te le surveiller le Duval. Il ne l’emportera pas au paradis, et si ce que je sens venir est vrai, il a, au contraire, toutes les chances de finir en enfer. Et moi, je serai là pour lui piquer le derrière, chacun son tour, foi de Chat Botté. Je l’ai à l’œil ce sale tueur de chats. Qui tue un chat, tue n’importe quoi ! Le Chat en arrivait même à inventer des proverbes, on aurait tout vu. Mais, comme il venait de le dire, il avait bien l’intention d’ouvrir l’œil et le bon et il n’avait pas tort… A cet instant de ses pensées, il aperçut - Qu’est-ce qui lui arrive encore ? Il a vraiment un caractère de cochon ! Le Chat avait entendu la réflexion. La comparaison avec cet animal gras et rose, à gros groin, au grognement vulgaire, était vraiment très déplacée, même s’il reconnaissait avoir pris ces derniers temps un peu de poids. Il hâta donc le pas en ignorant complètement la présence de ses amies…
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