Deuxième épisode - Au pays de Maïkan le sorcier


Résumé de l'épisode précédent :

Pendant que les charpentiers construisent la grande barque pour se rendre à Québec. Le Don de Dieu ne peut s’engager trop loin dans le St Laurent. Pour se distraire, Fleur de lune, la Fée et Jean visitent Tadoussac. La fillette ne reconnaît pas la ville où elle aime tant aller avec ses parents pendant les vacances, à part la maison de Chauvin ! Quant au Chat il attend avec impatience de pouvoir reprendre ses recherches et d’aller sur la terre ferme. Cela ne l’empêche pas de surprendre une nouvelle conversation inquiétante entre l’infâme Duval et ses amis. Tout ceci ressemble de plus en plus à une conspiration, mais quel est leur but ? Le Chat se promet de les surveiller de plus près…


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Le soir, après le dîner M. de Champlain demanda à Fleur de Lune si la visite lui avait plu.

- Il paraît que notre jeune demoiselle a retenu toutes les leçons que je lui donne et même reconnu mes dessins… Jean m’a raconté votre promenade, dit le grand homme, mais j’avoue que je ne me souviens pas vous avoir parlé si longuement de Tadoussac.

Fleur de Lune rougit violemment et  la Fée se retint de  rire tandis que le Chat installé sur les genoux de M. de Champlain se mit à toussoter.

- C’est comme si j’avais un chat dans la gorge, pensa-t-il en riant sous cape.

Le Chat devait être  en forme ce jour-là,  deux jeux de mots dans la même soirée !... dommage que personne ne puisse en profiter.

- Si je comprends bien, ajouta M. de Champlain,  je vais pouvoir donner à Isabelle mon dernier livre, il l’aidera dans la découverte de  ce pays. Je vais même vous dire que si cette charmante jeune personne  continue, elle pourra devenir cartographe tout comme moi, et je me propose de l’y aider,  si elle le désire bien sûr.

- Vous me faites trop d’honneur, répondit avec enthousiasme et modestie Fleur de Lune. Je serais si heureuse et si fière  d’être votre élève.

M. de Champlain, lui au moins ne la traitait pas de petite fille !

La Fée, M. de Champlain et Jean, discutèrent longuement ce soir-là et une fois de plus Fleur de Lune s’endormit sur l’épaule de son « grand  frère » Jean.

Le jour se levait à peine sur le port quand la Fée sortit de la cabine arrière du « Don de Dieu ». Fleur de Lune dormait d’un profond sommeil et le Chat n’était pas encore revenu de son expédition nocturne.

            Elle allait enfin rencontrer M. de Pont Gravé ! Il avait mis plus longtemps que prévu à se rétablir et la rencontre avait été reculée jusqu’à ce jour.

Il les reçut en robe de chambre, assis dans un fauteuil, calé par des coussins. Il était pâle, visiblement très faible.

- Je suis heureux de faire la connaissance d’une dame au sujet de laquelle je n’ai entendu que des éloges, dit-il après les présentations d’usage. J’espère que vous voudrez bien me pardonner de vous recevoir dans cet état.

- Je vous en prie, ne vous excusez pas, je vous suis si reconnaissante, dit la Fée.

- Il ne faut pas, répondit galamment M. de Pont Gravé,  Hébertet était un ami. Nous avons été un peu les pionniers de la traite des fourrures depuis le retour des Français à la fin du siècle précédent. C’était un homme de cœur.

Après la perte d’Elise son épouse, votre amie je crois,  il s’est jeté à corps perdu dans le travail. Puis un jour, ce catholique fervent a rencontré l’abbé François, un prêtre franciscain, un homme sincère, un peu fantasque, qui ne tentait pas de christianiser à tout prix. Ce brave homme  a quitté, il y a quelques années déjà la colonie de Port-Royal, pour s’installer au sein d’une tribu Wendat, parmi ceux qu’il avait appris à aimer et qu’il appelait ses frères indiens.

- Sont-ils nombreux à faire ce choix ? demanda la Fée espérant ainsi amener la conversation sur Guillaume.

- C’est plutôt les coureurs des bois qui s’intègrent, mais des prêtres, je crois bien qu’il est le seul, dit Pont Gravé. Peut-être que notre ami Champlain connaît d’autres cas ?

- Je ne pense pas, répondit ce dernier qui suivait avec intérêt, mais discrétion, la conversation. Nous sommes déjà peu nombreux à faire le voyage et encore moins à y survivre !

- Je dois vous avouer que nous considérons l’abbé François comme un original, reprit Pont-Gravé, estimé  pour sa bonté et sa générosité.

Hébertet commerçait avec cette tribu Wendat, c’est ainsi qu’il s’est lié d’amitié avec l’abbé.  Nous l’en avons un peu moqué au début, peut-être trop, je ne sais. Puis un jour il est venu me voir et m’a dit :

-  Mon cher ami vous avez été un confident presque un père pour moi pendant ces années douloureuses, je vous dois la vérité. J’ai l’intention de changer totalement de mode de vie, le commerce ne me plaît plus, j’aspire à une vie plus spirituelle et plus proche de la nature.

- Vous avez l’intention d’entrer dans les ordres comme votre ami l’abbé François ? lui ai-je alors demandé sur le ton de la plaisanterie. Mais je croyais que vous vouliez faire venir de France votre fille ? 

- Je ne vous ai pas dit que je voulais entrer dans les ordres, avait-il répondu, j’ai choisi de vivre autrement. Je compte établir, dans ce pays, Isabelle  et sa marraine, qui choisira sûrement de l’accompagner. Mais pour ma part je n’ai pas l’intention de rester parmi vous encore longtemps.

- Comment  savait-il que je viendrais aussi ? demanda la Fée. 

- Il sait beaucoup de choses, il a une grande connaissance de l’âme humaine et, plus j’y réfléchis plus je regrette de ne pas l’avoir mieux écouté, je suis restée sur mes positions de parfait colon et je me suis écrié : 

- Mais vous n’allez pas faire vivre  votre fille parmi les Indiens quand même, vous perdez le sens commun. 

- Elle choisira, m’a-t-il  répondu. Je crois  à l’avenir de ce pays.  Je suis sûre que ma fille y aura sa place. J’ai gagné énormément d’argent, et cette fortune lui reviendra entièrement. Pour ma part, j’ai  découvert d’autres intérêts, d’autres gens et je me sens bien en leur compagnie. 

- Alors moi, je l’ai sermonné, raisonné, enfin j’ai fait ce que je croyais alors bon pour lui. Et  sottement j’ai pensé l’avoir convaincu, je n’ai pas essayé de le comprendre ! Je me le reproche sans cesse depuis que… »

L’émotion fut sans doute trop forte pour cet homme encore très affaibli par ses blessures, il s’affaissa sur son fauteuil et perdit connaissance.

La Fée le soigna comme elle savait le faire.

Quand il revint à lui il voulut reprendre la conversation, mais elle lui demanda d’être raisonnable et  de prendre le repos nécessaire à son état, en  lui assurant qu’elle pouvait attendre.




 A suivre…

Quand la Fée aura-t-elle enfin des
nouvelles du père d’Isabelle ?

Le Chat va-t-il reprendre ses recherches ?

Quelle sera sa prochaine transformation ?

Vous aurez peut-être la réponse à ces questions avec les nouvelles du large qui arriveront demain…


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