| Résumé de la fin du tome précédent : |
Pendant que les charpentiers construisaient l’embarcation qui devait les mener vers l’endroit où M. de Champlain pensait fonder sa colonie, il avait bien fallu occuper le temps. Fleur de Lune et la Fée en profitèrent donc pour visiter le petit poste de traite de Tadoussac. Dans sa vie d’avant ou plutôt dans sa vraie vie, Fleur de Lune adorait s’y promener avec ses parents pendant les vacances. Tout au long de la traversée elle s'était réjouit à l'idée d’y retourner. Mais une fois sur place, elle eut l’impression de s’être trompée de lieu ! Heureusement il y avait la maison de Chauvin. Et cette fois, ce n'était pas une reconstitution, c'était la vraie. Elle eut soudain l’impression d’être face à un passé neuf comme un présent ! Ce moment d’émotion passé, les explications du guide, lors de la visite avec ses parents, lui revinrent alors en mémoire Et la voilà partie dans de savantes explications sur ce port de Tadoussac, le plus important du Canada au XVIIe siècle. Elle raconta qu’on y faisait le commerce des fourrures bien avant l’arrivée des Blancs et précisa qu'on y échangeait alors, contre des castors de premier choix, des coquillages rapportés d’endroits aussi lointains que la Floride. - Où avez-vous appris toutes ces choses ? demanda Jean qui les accompagnait pour leur sécurité, mais aussi pour le plaisir de leur compagnie. - M. de Champlain, m’explique beaucoup de choses, répondit Fleur de Lune, sans se démonter. - A t'entendre on pourrait croire que tu connais déjà cet endroit, remarqua la Fée en la regardant avec insistance. Fleur de Lune comprit aussitôt qu'elle devait réfléchir un peu plus encore avant de parler, maintenant qu’elle se trouvait dans son pays d’adoption. - Il vous en a dit plus qu’à moi, s’était exclamé Jean. Je vais être jaloux. Quelle mémoire ! Vous êtes vraiment la plus extraordinaire petite fille que je connaisse. Fleur de Lune était ravie du compliment, mais Jean avait quand même le chic pour toujours la traiter de petite fille !... Elle n’était pas si petite que cela quand même… La Fée avait rudement bien fait de l’interrompre ! Fleur de Lune s’apprêtait justement à expliquer, que les castors dont elle avait parlé, venaient de la baie d’Hudson ! Or cette baie ne serait découverte qu’en 1610 par un certain Henry Hudson qui y passerait l’hiver pour y mourir l’année suivante. Si Fleur de Lune en avait parlé ça aurait « fait tache » comme disait sa copine Noémie. Ayant compris la leçon elle se tut et Jean prit tout naturellement la relève. Il leur fit partager tout au long de la visite son savoir tout neuf et cette fois c’est Fleur de Lune qui apprit des choses passionnantes. Des choses qui n’étaient pas marquées dans son livre d’histoire. Juste avant de retourner au bateau, ils passèrent devant l’habitation de M. de Pont Gravé. Depuis l’arrivée à Tadoussac ce pauvre Chat traînait son impatience comme une âme en peine. Il s’était bien amusé pendant toute la traversée, il avait adoré le personnage qu’on lui avait fait jouer. C’était un chat d’action et de l’action en ce moment, il n’en avait guère. Il prenait même du poids et cela commençait de l’inquiéter. Quelle horreur et quelle honte pour lui si, à force de grossir, il ne pouvait plus rentrer dans ses beaux costumes de Chat Botté ! Il faut dire que les menus avaient bien changé. M. de Champlain est un homme qui sait profiter des plaisirs de la vie, et maintenant qu’on avait des produits frais, on se régalait sur ce bateau. C’est une façon comme une autre de s’occuper. Le jeune cuistot était très content, il pouvait enfin montrer ses talents. Le Chat en était là de ses pensées, quand en sortant des quartiers du capitaine pour se rendre aux cuisines, il surprit une conversation fort intéressante entre Duval et quatre autres émigrants. Notre ami le Chat était arrivé, hélas, trop tard pour tout entendre, mais assez tôt pour avoir l’impression qu’il s’agissait là de l’organisation d’une vilaine affaire. Les cinq lascars parlaient à voix basse comme une vraie bande de conspirateurs. Par malheur pour le Chat, Duval le repéra très vite. Il le détestait, comme il détestait tous les chats. Il le coursa donc illico, en lui criant un certain nombre d’insanités. Notre ami le Chat ne demanda pas son reste, mais se promit de surveiller, à l’avenir, de plus près, la petite bande. Il avait senti depuis déjà longtemps qu’un complot se tramait. Comme une sorte d’intuition. Mais il n’était toujours pas arrivé à savoir contre qui et dans quel but. Cette fois il réalisa qu’il venait de pêcher quelques indices. En recomposant le puzzle il eut : les Basques ou les Espagnols ou les Hollandais, beaucoup d’or, la nouvelle habitation et… une embuscade… Il ne manquait plus à cette liste qu’un assassinat ! Iraient-ils jusque-là ? Pour le moment il y avait bien anguille sous roche, mais il n’y avait peut-être pas de quoi fouetter un chat, ni le courser non plus comme l’avait fait son ennemi Duval ! Ravi de son jeu de mots, il remit ce problème à plus tard, cela pouvait attendre, alors que, comme chacun sait, l’estomac, lui, n’attend pas ! Il se dirigea donc, comme d’habitude, vers les cuisines pour humer la bonne odeur du repas et goûter un peu les mets au passage.
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