Vingt-septième épisode


Résumé du chapitre précédent :

Le soir M. de Champlain explique que les Basques n’ont pas accepté le Privilège du Roy qui leur interdit la pêche. Ils sont venus de très loin et c’est leur seul moyen de subsistance. Ce n’était quand même pas une raison pour canonner Pont Gravé. L’affreux Duval suggère qu’on devrait tous les tuer, ce qui choque beaucoup d’émigrants. L’homme ne s’est pas fait beaucoup d’amis sur le bateau et le Chat décide de l’avoir encore plus à l’œil ! Au dîner, M. de Champlain annonce à la Fée que M. Hébertet a disparu depuis déjà un certain temps. Elle décide d’en parler le lendemain à Isabelle. Quant au Chat toutes ces nouvelles l’inquiètent encore plus, que va-t-on faire de lui. Les solutions que ses deux amies proposent ne lui plaisent guère et il s’en va furieux…


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Après s’être habillées, la Fée et Fleur de Lune, se rendirent sur le pont pour voir où en était la marée. A leur grande surprise, elles constatèrent que le vaisseau était en train d’entrer dans le port. Elles ne s’étaient rendues compte de rien. Il faisait un soleil radieux et le paysage était magnifique. Parmi les grands vaisseaux, on voyait de longues et étroites embarcations qui ressemblaient beaucoup au canoë de l’arrière-grand-père de Fleur de Lune. Un vrai canoë en bois, commandé au Canada, il y a très longtemps. Dommage que personne ne s’en serve plus !

Au bout d’un moment, M. de Champlain et Jean, vinrent à la rencontre de la Fée et de sa filleule, pour leur souhaiter le bonjour :

- Quelle magnifique journée, dit la Fée.

- Ces canoës qu’ont voit au loin, appartiennent-ils aux Indiens dont vous nous avez parlé ? demanda Fleur de Lune.

- On dit « canot », pas canoë, chère petite Isabelle, mais c’est déjà bien de vous en souvenir.

Fleur de Lune se mordit les lèvres, elle avait failli, une fois encore, se dévoiler.

- Ce sont bien les canots des Indiens, continua M. de Champlain. Ils sont ici pour la traite des fourrures. Ils nous ont vus entrer dans le port et comme d’habitude, ils ne tarderont pas à venir nous souhaiter la bienvenue. Voyez comme ces embarcations sont curieuses. Elles sont faites d’écorce de bouleau, renforcées à l’intérieur par des cercles de cèdre blanc. Elles sont très étroites et se rétrécissent au deux extrémités en remontant. C’est un travail d’une réelle perfection. Elles sont si légères qu’un homme seul peut les porter. On dit qu’elles ne sont pas plus lourdes qu’une pipe. En revanche, elles se retournent facilement et il n’est pas si facile d’apprendre à les gouverner.

Les passagers virent les Indiens s’approcher. Leurs canots entourèrent le vaisseau et l’accompagnèrent tout au long de son entrée dans le port. Quand « le Don de Dieu » eut enfin jeté l’ancre, un certain nombre d’entre eux montèrent s’entretenir avec le capitaine. Fleur de Lune les trouva très beaux avec leurs plumes d’aigle sur la tête, fixées par un bandeau de cuir, et le torse nu. Ils étaient tout à fait comme ceux du film sur les Amérindiens qu’elle avait vu à l’école.

Le soir, au dîner, M. de Champlain annonça :

- Par la grâce de Dieu, nous avons enfin jeté l’ancre. Comme je l’ai déjà dit à certains d’entre vous, il est impossible d’aller jusqu’à Québec avec notre vaisseau. La voie est au début trop étroite, et il y a des endroits infranchissables. Nos amis charpentiers vont donc devoir fabriquer une barque de 12 à 14 tonneaux pour porter tout ce qui nous sera nécessaire pour notre « Abitation. » La construction du bateau nous mènera à la fin de ce mois. Nous devrons donc rester à Tadoussac tout ce temps.

Après le dîner M. de Champlain prit de nouveau la Fée à part :

- Avez-vous parlé à votre filleule ? lui demanda-t-il visiblement inquiet.

- Oui bien sûr, répondit la Fée. C’est si gentil de vous intéresser à nous de cette manière. Ce qui me rassure c’est que notre Isabelle n’a jamais connu son père. Le choc est donc moins grand. Certes elle se réjouissait de cette rencontre tant attendue, mais je suis sûre que tout n’est pas perdu. Nous sommes d’ailleurs bien décidées à partir à la recherche de notre ami Hébertet.

- Je suis désolé de vous contredire très chère amie, coupa fermement M. de Champlain, mais vos projets sont impossibles. Quelles recherches une femme seule et une fillette peuvent-elle donc faire dans ce pays ?

-Nous pouvons interroger des marchands, dit la Fée, et aussi des Indiens. Il ne saurait être question de nous avouer vaincues, avant de faire tout ce qui était est en notre pouvoir pour retrouver le père d’Isabelle.

- Je reconnais bien là votre courage, dit M. de Champlain, sans cacher son admiration, et je pense que je n’arriverai pas à vous dissuader. Mais je vous en supplie, et cela pour votre sécurité, ne vous éloignez pas trop. Ne tentez pas des démarches seules, vous ne connaissez pas les dangers de ce pays, ils sont si nombreux.

Croyez-moi vous devez d’abord rencontrer mon ami Pont. J’allais justement vous proposer de m’accompagner demain, je dois retourner le voir. Je lui demanderai de vous recevoir malgré son état. Tel que je le connais, il fera tout ce qui est en son pouvoir pour vous aider et vous donner les meilleures pistes pour vos recherches.

- Je n’osais vous le demander, avoua la Fée, mais il faut aussi que je vous parle d’un de mes cousins. Il a quitté la France depuis plusieurs années, il s’appelle Guillaume de Carabas.

La Fée raconta l’histoire d’Elisabeth et Marguerin.

- Je ne savais pas que vous étiez parente avec ce jeune marquis de Carabas, pourquoi ne m’avez-vous jamais parlé de lui ? dit le capitaine avec un peu d’étonnement.

- Nous n’avions plus d’espoir de le revoir, mais hier, j’ai surpris des marins en train de discuter à son sujet et je me suis dit que tout n’était peut-être pas perdu. Il peut être parti au sein d’une tribu indienne, dans un endroit reculé de cet immense pays. Je crois que c’était son plus cher désir. En tout cas, c’est ce qu’il avait promis à sa pauvre maman. Je pense que nous devrions faire d’une pierre deux coups, en associant cette recherche à celle du père d’Isabelle.

- Je reconnais bien là votre sens pratique et votre opiniâtreté, dit M. de Champlain, vous pouvez compter sur notre aide, pour l’un, comme pour l’autre.

- Je reconnais bien là votre humanité, répondit la Fée du tac au tac.

- Pouvons-nous nous retrouver à neuf heures pour notre visite à mon ami Pont ? Demanda M. de Champlain.

- C’est une heure très raisonnable, acquiesça la Fée. Je pourrais même être prête plus tôt, si vous le désiriez

- Ce ne sera pas nécessaire, chère amie, répondit le capitaine. Je vous souhaite, malgré tous ces soucis, une excellente nuit, dit-il en lui baisant la main.


- Il va te falloir reprendre ton bâton de pèlerin ma fille, se dit-elle. Tu vas devoir ressortir ta baguette magique de voyage, et le miroir du même nom. On peut dire, maintenant, qu’il y a urgence !

Pendant ce temps, Fleur de Lune avait fait un petit tour sur le pont avec son ami Jean, pour admirer la nuit du Nouveau Monde. Après ce long voyage, elle était émue de rentrer dans son pays d’adoption. Elle retrouvait sa Gaspésie qui, bien que différente, gardait son parfum de vacances. Une foule de souvenirs l’envahit, des souvenirs de sa vraie vie avec ses parents ! Elle se mit à pleurer à chaudes larmes. Jean mit son bras autour de ses épaules et lui dit :

- Ne perdez pas courage, petite sœur, nous allons retrouver votre père, je vous promets de faire l’impossible et de vous protéger jusqu’à son retour.

Ces paroles réconfortantes émurent si profondément la fillette que ses sanglots redoublèrent. Elle fut pour la première fois heureuse d’avoir un grand frère au lieu d’un fiancé, même si Jean, se trompait sur les raisons de son chagrin.

- Allons, pleurez tout votre soûl, continua-t-il, il n’y a pas de honte à cela. Je vous trouve, au contraire, bien courageuse, après ce nouveau coup du sort.

A ce moment, le Chat qui les avait rejoints, se frotta contre les jambes de la fillette. Il n’aimait pas la voir pleurer. Jean le prit alors dans ses bras et le donna à Fleur de Lune en disant :

- Votre ami le Chat vient vous consoler. On dirait qu’il a tout compris. Cet animal est très étonnant, il se conduit, parfois, presque comme un humain.

Le Chat prit le visage de Fleur de Lune entre ses pattes et lécha tendrement ses larmes.

- J’ai toujours aimé les chats, continua Jean ému par cette scène, mais celui-ci est vraiment exceptionnel. Je vais vous confier un secret, chère petite Isabelle, M. de Champlain évoquait justement hier son désir de vous offrir ce chat comme animal de compagnie. Cela vous ferait-il plaisir ?

Fleur de Lune n’en croyait pas ses oreilles, son gros chagrin soudain oublié, elle poussa un cri de joie :

- Que je suis contente, tu entends le Chat, nous n’allons plus nous quitter, c’est merveilleux.

- Chut, dit en riant Jean, je vous avais dit que c’était un secret, M. de Champlain voulait vous l’annoncer lui-même.

-Trop tard ! dit une voix bien connue. A ce que je viens d’entendre, mon cher Jean, il semblerait que je ne puisse pas vous faire confiance ! Vous avez failli me voler un grand moment de bonheur.

C’était M. de Champlain qui passait par là.

- L’équipage va devoir se passer de ce brave chat, ajouta-t-il. Ils vont sûrement le regretter. Il est vrai que c’est un personnage hors du commun, mais ils se résigneront. Je pense même qu’ils seront heureux de vous faire ce cadeau, chère petite Isabelle. Je crois bien que tout le monde vous aime sur le « Don de Dieu ».

Le Chat, le poil gonflé d’orgueil savourait les compliments dont il venait d’être l’objet. Enfin une reconnaissance de ses qualités ! Ce n’était pas trop tôt. Il se pelotonna dans les bras de la fillette, le regard plein de fierté.

- Sans compter que c’est un très bel animal, ajouta M. de Champlain. N’est-ce pas le Chat ? On dirait qu’il comprend tout ce qu’on dit.

Le Chat pensa alors qu’on aurait pu ajouter qu’il était « une beauté », pour un Chat Botté qui aime les jeux de mots c’eût été pas mal. Mais il savait par expérience, qu’il ne fallait pas trop en demander aux humains !

M. de Champlain le caressa un long moment.

- Quelle belle nuit, dit-il je serais bien resté plus longtemps avec vous, mais j’ai pris du retard dans mes écrits. Vous devriez aller vous coucher. Notre ami le Chat a sûrement sommeil après toutes ces émotions, ajouta-t-il gentiment moqueur, avant de s’éloigner.

- Notre capitaine a raison, dit Jean, je vous fais veiller trop tard petite soeur. Je vais vous raccompagner.

Le Chat était aux anges, et pas seulement parce que tout le monde le trouvait extraordinaire. Il n’aurait pas à faire semblant de mourir, ni à séjourner dans une malle… Il était sûr, maintenant, que tout allait bien se passer. La fée pourrait le transformer en tout ce qu’elle voudrait, ou presque, il ne dirait rien… Elle pourrait, par exemple, sans qu’il s’y opposa, le transformer en gentilhomme émigrant, ce qui ne lui déplairait pas ou en commerçant colonisateur… Bien qu’on imagine mal, un chat vendant des peaux de bêtes ! Quelle horreur !... La Fée pourrait aussi, si elle le désirait, ou si c’était nécessaire, le transformer en Indien, mais dans certains cas seulement, pas tout le temps… un chat avec des plumes sur la tête, ça ne s’est jamais vu, mais ça pourrait être drôle ! Pourvu que la Fée n’ait jamais, ô grand jamais, l’idée saugrenue de le transformer en chat sauvage! Ce pays en est peuplé paraît-il… et les Indiens en sont friands !

Depuis qu’il avait senti l’odeur de la terre toute proche, avec ses étendues sauvages et ses forêts, il ne rêvait plus que de courses folles. Il ne regrettait pas l’expérience qu’il venait de faire, mais sa vocation de chat du bord était morte avec la tempête. Il était temps de passer à autre chose. Il s’apprêtait à redevenir le seigneur Chat Botté et dans le fond cela ne lui déplaisait pas.

Bien sûr il serait triste de quitter son ami le cuistot, et quelques marins auxquels il s’était attaché. Mais il s’était depuis longtemps préparé à ces séparations, elles faisaient partie de l’aventure.

Fleur de Lune, après avoir quitté Jean, se pressa jusqu’à la cabine pour annoncer la bonne nouvelle à sa marraine. Mais quand elle ouvrit la porte, son ami le Chat serré dans ses bras, elle la vit assise devant son miroir magique. La fillette comprit alors que la Fée savait déjà tout ! Elle avait repris la situation en main, les vacances étaient terminées. Fleur de Lune garderait les images de ce voyage bien au chaud dans sa mémoire. Maintenant, elle n’avait plus peur. Avec la Fée, le Chat, Jean et M. de Champlain, les recherches allaient pouvoir enfin commencer entraînant de nouvelles aventures extraordinaires.


Fin du Tome I


 A suivre…

Vous trouverez la suite de cette histoire dans le premier épisode du tome II :

« Au pays de Maïkan le sorcier »

Jusqu’à l’arrivée à Québec, il y aura chaque jour des nouvelles du larges.



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