Résumé du chapitre précédent : Fleur de Lune ne retrouve pas dans la Gaspésie du 17è les paysages qu’elle connaît. Soudain tout l’inquiète. Elle se demande si elle arrivera à assumer une mission aussi difficile. M. de Champlain indique qu’ils seront bientôt en vue de Tadoussac. Il explique qu’il n’est pas facile d’entrer dans le port et raconte comment ils seront accueillis par les Indiens. Fleur de Lune appréhende de plus en plus la rencontre avec M. Hébertet, son « père ». Le Chat tente de la rassurer, mais en vain. |
Le 3 juin, comme M. de Champlain l’avait prévu le « Don de Dieu » arriva en vue de Tadoussac. Les passagers, prévenus de l’arrivée, étaient tous sur le pont. - Comme je vous l’ai annoncé, dit M. de Champlain vous pouvez voir au sud-ouest la pointe Saint-Mathieu et au nord-ouest la Pointe de tous les Diables. Nous allons arriver à marée basse et il va nous falloir attendre la marée haute pour pouvoir passer entre les deux pointes. De plus le vent ne nous est pas favorable. Il vous faudra donc montrer encore un peu de patience. En attendant je vais aller voir au port si le vaisseau de mon ami M. de Pont Gravé est bien arrivé. Les passagers firent contre mauvaise fortune bon cœur. Ils restèrent sur le pont à regarder la côte et les vaisseaux au loin dans le port. M. de Champlain avait fait mettre un bateau à la mer et tout le monde assista à son départ. Il était accompagné du pilote et de Jean. Une chaloupe vint aussitôt à leur rencontre, avec deux hommes à bord. On les vit monter sur l’embarcation et discuter vivement ensemble. Ils étaient beaucoup trop loin pour qu’on puisse les entendre. Au grand étonnement des passagers, M. de Champlain fit demi-tour et remonta sur le « Don de Dieu » en compagnie des deux hommes. Il avait l’air très contrarié et leur demanda de le suivre dans ses quartiers. Peu de temps après, le Chat vint se frotter contre les jambes de Fleur de Lune qui le prit dans ses bras et fit mine de lui faire un câlin. Elle avait compris qu’il avait quelque chose d’important à lui raconter. Bien lové dans son cou, il lui souffla à l’oreille. - Tu veux savoir ce qui se passe ? - Bien sûr, répondit Fleur de Lune. - Je viens d’entendre ce que notre pilote disait à l’un des marins, dit le Chat. C’est lui qui menait le bateau. C’est de la nouvelle fraîche comme le poisson. - Alors ? dit Fleur de Lune impatiente. - Secret d’État, répondit le Chat pour la faire enrager. - Je t’en prie, supplia la fillette. - Figure-toi que les deux hommes qui viennent de monter sur le « Don de Dieu », sont le pilote de Pont-Gravé et un Basque. - Ca me fait une belle jambe, dit Fleur de Lune. - Si ça ne t’intéresse pas, je m’arrête, dit le Chat… Je veux bien être bon prince, mais qu’on se le tienne pour dit… II y a eu de la bagarre avant notre arrivée. Les Basques ont attaqué Pont Gravé à coup de canons ! Le Pont comme dit Champlain, est mal en point, deux marins ont été blessés et il y en a même un qui est mort. - Pourquoi donc ont-ils attaqué ? Tu crois qu’ils vont nous faire la même chose ? demanda Fleur de Lune, très inquiète. - Mais non, il paraît que les Basques en question sont bien embêtés maintenant. - Alors pourquoi ils ont fait ça ? dit la fillette qui n’était pas très rassurée. - Si tu veux le savoir, il faudra attendre un peu, répondit le Chat. Je vais aux nouvelles. Je vais même peut-être faire un petit tour dans la cambuse de Champlain, pour écouter la conversation, ce n’est pas poli, mais tant pis. - Tu viendras vite me raconter ? demanda la fillette, charmeuse. - Si je veux, dit le Chat moqueur avant de filer à toutes pattes vers le pont arrière. Le Chat fut vite rendu et vint rejoindre son ami Champlain qui s’était laissé séduire depuis longtemps par cet animal amusant et câlin. Ce jour-là au lieu de monter sur les genoux du « grand homme », comme il se plaisait à l’appeler, le Chat resta à distance respectueuse. Il s’installa sur une grosse malle comme si de rien n’était, en bon chat domestique. M. Tetsu le pilote du vaisseau de M. de Pont Gravé était en train de relater les faits au capitaine. Le Chat tendit l’oreille pour ne pas rater une parole. - Les Basques, non contents d’avoir tiré au canon sur notre vaisseau, ont mousqueté à tout va. Hélas notre pauvre capitaine a reçu tout de suite un de ces fichus coups de mousquet qui l’a abattu par terre et depuis il est fort mal. - Mais enfin, demanda M. de Champlain, qu’est-ce qui leur a pris aux Basques ? Ce n’est pas une façon d’agir ! - Demandez lui, lança le pilote en montrant le Basque visiblement très mal à l’aise. - Mon maître, dit le Basque, m’a chargé de venir vous demander de ne pas nous attaquer quand vous serez dans le port et de ne pas nous empêcher de pêcher la baleine. On n’a pas fait toute cette traversée pour rien. - Je n’ai pas dit que j’allais vous canonner. Mais vous avez attaqué mon ami, dit calmement, mais sévèrement M. de Champlain. Je ne vais pas non plus vous féliciter. Vous n’avez pas respecté le privilège de M. de Monts, aussi, je ne veux plus rien entendre avant d’avoir consulté Pont Gravé. Dites-le à Maître Darache et à vos camarades. Le Chat aurait bien aimé savoir exactement tout ce qui s’était passé, mais il était arrivé trop tard. Qu’importe, ce soir, il viendrait espionner comme à son habitude. En attendant, il s’en alla d’un pas nonchalant vers les cuisines car il avait une petite faim. Fleur de Lune était restée sur le pont avec les passagers curieux des dernières nouvelles. Dès que M. de Champlain sortit de ses quartiers, accompagné du pilote et du Basque, ils s’avancèrent vers lui. - Ne vous inquiétez pas mes amis, dit le capitaine d’un ton rassurant, je n’ai pas l’intention de mettre en péril nos projets futurs. Je vais d’abord prendre des nouvelles de mon ami Pont qui est très mal, m’a-t-on dit et je vous promets de tout faire pour régler au mieux ce différend. Après que M. de Champlain ait quitté le vaisseau, toujours accompagné de Jean, Fleur de Lune partit retrouver sa marraine qui lisait tranquillement, comme si rien ne s’était passé. - On dirait que tous ces événements ne vous intéressent pas, dit la fillette. - Mais si, répondit la Fée, simplement je fais totalement confiance à M. de Champlain. Viens te reposer un peu. Si tu veux mon impression, nous ne sommes pas encore à terre. Cela devrait te faire plaisir, tu vas pouvoir rester un peu longtemps plus avec ton ami Jean. La fillette ne répondit pas et fut toute la journée sur des charbons ardents ! On ne vit revenir le bateau de M. de Champlain qu’à la tombée de la nuit. - Tout est arrangé mes amis, dit celui-ci, quand il fut remonté à bord. Je vous conterai cela au dîner. A ce moment, le Chat qui rodait dans les parages vint se frotter contre ses jambes. - Si vous êtes pressés de savoir, demandez au Chat, il ne me quitte plus, cria le capitaine avant de disparaître avec Jean dans la cabine arrière. Notre grand homme ne croyait pas si bien dire. Le Chat fit un clin d’œil au passage à Fleur de Lune et à la Fée, puis il leur emboîta le pas. Une fois arrivé dans la cabine, il s’installa à sa place favorite et leur résuma ce qu’il avait entendu dans les quartiers du capitaine et conclut en disant : - Que de péripéties ! Je me demande si on finira par entrer dans ce port. Ce pauvre M. Hébertet doit attendre avec impatience ! Fleur de Lune eut des frissons d’angoisse à l’idée de cette future rencontre. - Merci, mon Ami le Chat, dit la Fée gentiment, tu es un parfait espion. Tu auras mérité une médaille en chocolat ou en poisson si tu préfères. Nous devons y aller maintenant. Je te promets de tout te raconter à notre retour, même s’il faut te réveiller. Puis elle ajouta à l’adresse de sa filleule : - Demain est un autre jour, ma chérie. Attendons d’abord la prochaine marée, puisque cette vilaine affaire nous oblige à attendre. Pour le moment, je meurs de faim. Elles sortirent toutes deux tandis que le Chat s’installait confortablement pour faire un petit somme comme à son habitude.
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